La plupart des prêtres sont inoffensifs et bénins. S’ils évitent à leurs pénitentes le scandale, ils n’en demandent pas davantage.

Mais il en est dont l’âme dominatrice et sombre veut régner, fût-ce par la terreur. Ils n’hésitent pas à employer des armes défendues…

R… était aimé d’une femme de famille pieuse. Elle n’avait plus la foi, mais gardait, comme il convient, les apparences. Son confesseur, un des grands curés de Paris, un homme rongé de bile, la prend un jour à part dans la sacristie et lui dit : « Pour avoir perdu la foi, il faut que vous aimiez un athée. Seul un homme sans Dieu a pu vous enlever à nous. »

Elle se défend mal contre cette attaque imprévue. Il redouble, il la presse, et impuissant à la ramener, il finit par lui dire : « Dieu vous punira de votre rébellion en vos enfants. Il vous en reprendra un. Vous saurez alors que vous êtes responsable de cette mort. »

Elle ne bronche pas. Alors, ne se possédant plus, le visage livide, il lui jette : « Puisque rien d’humain ne vous touche, sachez que chaque matin, à sept heures, je prierai Dieu pour qu’il châtie l’homme abominable que vous aimez. Je demanderai que les épreuves ne lui soient point épargnées, qu’il connaisse la douleur, la souffrance physique, et les désastres matériels qui seuls peuvent atteindre son âme impie. Lorsqu’il aura été frappé à cause de vous, vous nous reviendrez soumise. »

Cette fois-ci, les terreurs anciennes la reprennent. Si tout de même il disait vrai, ce prêtre horrible, s’il avait ce pouvoir surhumain ?… Elle fuit éperdue, va tomber dans les bras de son amant et lui annonce que tout doit finir entre eux.


Soyons tout de même reconnaissants à la religion catholique de ce qu’elle prépare admirablement les âmes à l’amour, par l’habitude qu’elle leur donne de ne pas se poser des questions inutiles, par une sorte d’acceptation de ce qui est et de notre état misérable de pécheur (quitte à en demander pardon à Dieu), par la sensualité de ses cérémonies.

Elle reçoit les femmes dans de belles églises où la lumière est tamisée par des vitraux ; des tableaux, des statues les ornent ; l’air est plein de l’odeur troublante de l’encens ; les grandes voix persuasives de l’orgue chantent dans le demi-jour mystique. Elle sait qu’elle ne doit pas s’adresser à la raison de ceux qu’elle veut gagner ; c’est sur les sens qu’il faut agir ; c’est eux qu’elle cherche à séduire. Lorsqu’elle a « chaviré les sens » des fidèles, la partie est à elle ; ils ne raisonnent plus, ils acceptent avec joie ce qu’elle leur offre.