« J’ai donc enfin le bonheur de vous posséder, ô Dieu d’amour. Quelle bonté ! Que ne puis-je y répondre ! Que ne suis-je tout cœur pour vous aimer, pour vous aimer autant que vous êtes aimable, et pour n’aimer que vous ! Embrasez-moi, mon Dieu ! brûlez, consumez mon cœur de votre amour. Mon bien-aimé est à moi ; Jésus, l’aimable Jésus se donne à moi. Anges du ciel, Mère de mon Dieu, Saints du ciel et de la terre, donnez-moi votre amour pour aimer mon aimable Jésus. »

Voilà qui apprend merveilleusement le langage de l’amour aux jeunes filles. Lorsqu’elles ont prononcé ces mots ardents, quelle langueur coule dans leurs veines ! Comme elles sont prêtes à aimer ! — Vienne un homme, et elles se serviront avec lui des paroles mêmes que l’Église met dans leur bouche à l’adresse de l’Amant mystique.

DE L’UTILITÉ DU PRÊTRE ET DES BIENFAITS DE LA CONFESSION

Cet homme sombre, au visage rasé comme celui d’un comédien, qui porte une robe de femme, il nous est arrivé de le croire un organe inutile dans la société. Il n’était qu’un intermédiaire entre l’homme et Dieu, un transmetteur de prières, accapareur d’offrandes, diseur de messes pour le salut des âmes, distributeur des lieux communs de la morale officielle dans sa chaire le dimanche, vivotant tant bien que mal de ce curieux métier de commissionnaire patenté entre la terre et le ciel.

Mais son utilité réelle, nous ne la comprenions pas. Et nous nous étonnions de voir qu’il avait conservé dans la société une place, malgré tout, considérable. Il était, à nos yeux, pareil à cet appendice qui a joué jadis, paraît-il, un rôle important dans notre économie et qui est devenu un organe inutile à tous, sauf aux chirurgiens qui en vivent.

Nous étions dans l’erreur. Lorsque nous avons compris le rôle destructeur de l’amour dans la société, la raison d’être du prêtre nous est apparue soudain. Il est un des soutiens solides de la société. Et cela par le moyen de la confession.

L’amour ne vise qu’à détruire la famille, à en arracher l’individu en faisant miroiter devant ses yeux un bonheur suprême. Le prêtre défend la famille, et par les moyens les plus efficaces.

Voyez cette femme qui court au confessionnal. Depuis des semaines sa vie est bouleversée. Rien de ce qui l’occupait ne compte plus. Son mari, qu’elle croyait aimer, elle découvre qu’il lui est indifférent ; ses enfants remplissaient ses jours de joie ; ils lui sont à charge.

Une pensée, une seule, la harcèle nuit et jour… Est-ce elle vraiment qui a changé d’elle-même à ce point ?… En être arrivée là ! Si vite !… Non, ce n’est pas possible. Pourtant c’est vrai !

Ce secret lui brûle l’âme.