A qui se confier ? Il n’est pas une personne au monde à qui elle puisse même laisser entrevoir la terrible vérité. Et voilà des jours et des jours qu’elle se torture !

Oui, elle aime, c’est vrai… Mon Dieu, de cela elle se sent à peine coupable, car comment faire autrement que d’aimer cet homme ? Elle aurait dû l’aimer, jusqu’à en mourir peut-être, sans lui laisser voir ses sentiments. Mais tout le reste, « les choses qu’on n’écrit pas » !… Tromper son mari qui a confiance en elle ! Comme elle se sent coupable vis-à-vis de lui ! Il est à mille lieues de se douter du combat terrible qu’elle soutient. « Il a une confiance entière en moi, se dit-elle, cela est pire que tout. »

Alors une idée point dans ce cerveau affolé, et grandit, grandit, — celle de tout avouer à ce mari qui a été jusqu’ici l’unique compagnon de sa vie. Peu importe ce qui en résultera, son ménage brisé, ses enfants perdus, son mari au désespoir. Elle ne voit qu’une chose : le rachat de la faute par cet aveu nécessaire.

Cela, et puis sortir d’un silence affreux.

Mais avant de parler, elle veut aller prier, demander à Dieu la force d’accomplir ce qu’elle a résolu. Elle se confessera. Ainsi sera-t-elle en règle avec Dieu avant de l’être avec les hommes.

Elle entre dans l’église, s’agenouille au confessionnal : « Mon père, j’ai péché…! » Qu’elle a de peine à parler ! Les mots ne sortent pas de sa gorge fermée. En quelques phrases pleines d’un détachement qui n’est pas feint, le prêtre l’apaise ; maintenant rien ne grince plus ; elle se détend, elle se raconte et, à mesure qu’elle parle, elle se sent plus légère ; elle dit tout, et, finalement, la peine qu’elle s’est imposée pour son péché, la résolution qu’elle a prise d’avouer sa faute à son mari.

Le prêtre sur son siège étroit a un mouvement de recul… Maintenant la pénitente a fini ; à son tour il parle.

Le danger grave commence à ses yeux, non à l’adultère, mais à l’aveu au mari. L’adultère, le monde l’ignore. C’est une affaire à régler entre elle et Dieu, dont il est le truchement. Il y veillera, comme il est de son devoir de prêtre ; elle n’a qu’à s’en remettre à lui. Mais surtout qu’elle se garde de parler à son mari. Elle n’a pas à se confesser à un époux. Dieu, qui est toute sagesse, a voulu que seul le prêtre ait le droit d’entendre les pécheurs en confession. Sans doute il reconnaît ce que cette décision a, en apparence, de noble, mais c’est là une tentation de plus du démon. Que deviendraient l’Église et sa hiérarchie, si on laissait aux brebis à chercher elles-mêmes leurs pâturages ? La première chose que demande Dieu est la soumission. Et puisqu’elle déclare qu’il lui est impossible de ne pas parler à son mari, c’est précisément ce lourd devoir que Dieu lui impose en pénitence. Qu’elle ait confiance en Dieu. Il lui donnera la force de porter ce fardeau ; Il est toute bonté ; Il a offert son Fils pour racheter les péchés des hommes, etc., etc. Le prêtre termine par quelques sages conseils : voir moins souvent son ami, éviter d’être seule avec lui, se défendre des caresses innocentes si dangereuses entre gens qui s’aiment. Enfin prier Dieu, prier Dieu beaucoup.

Il la renvoie chez celle calmée.

Si elle compare son état moral avant et après la confession, comment douterait-elle des bienfaits de la religion ?… Elle ne dira rien à son mari, elle gardera son amant. La famille est sauvée, les enfants ne sont pas sacrifiés, le mari continue à goûter un bonheur qui, pour être aveugle, n’en est pas moins le bonheur : quant à elle, elle mène des jours fiévreux et non sans beauté. La vie, comme il arrive, se chargera de la séparer de son amant. Rémy de Gourmont dit quelque part : « Il est des adultères exquis, ils ne sont pas durables. »