Grâce au prêtre le scandale est évité, la société triomphe. Mais qui sait ? l’individu lui-même est peut-être plus heureux ainsi et je ne vois pas de solution plus satisfaisante pour tous que celle-là ?
Ce n’est pas la thèse qu’exalte Ibsen dans quelques-unes de ses pièces, thèse qui a une grande beauté et une force extrême d’attraction. Il est légitime de faire des sacrifices pour l’achèvement d’une haute destinée. Mais à la solution ibsénienne peuvent seules se hausser des âmes fortes. Elle n’a rien à faire dans le train ordinaire de la vie des hommes ; elle sèmerait des ruines autour d’elle, car il n’est pas donné à chacun de jouer impunément avec l’absolu. Le bonheur de la plupart des hommes est dans une juste médiocrité. Ne fait pas figure de héros qui veut ; la sagesse est peut-être de remplir exactement sa destinée, sans aller au delà…
Aussi, le plus souvent, l’aveu est-il dangereux et nuisible. Il risque de laisser platement dans la boue une femme sans force pour se créer une vie nouvelle, sans volonté pour réaliser l’idéal qu’elle a conçu dans un moment de fièvre… Souvent elle rentre au foyer abandonné ; mais son action irréfléchie a des conséquences irréparables. Même si son mari la reprend, l’intimité est perdue ; jamais plus leur union ne sera ce qu’elle a été.
Par conséquent le prêtre a mille fois raison d’intervenir pour empêcher la dommageable effusion. « Cachez la vérité, dit-il, rien n’est plus dangereux que la vérité ! »
Du reste nous n’avons pas à discuter la question au point de vue d’une morale qui serait, en quelque sorte, extérieure à l’humanité. Restant parmi les hommes, déclarons que le prêtre qui est là pour défendre les règles sociales approuvées par l’Église, le mariage et la famille, est dans son rôle lorsqu’il ordonne à la femme le silence. Il protège ce qu’il doit protéger, et de façon efficace.
« Reprendre ma liberté », crient les femmes ! Il y a une foule de femmes qui ne sauraient que faire de leur liberté et bien peu d’hommes pour qui il vaut la peine de se sacrifier. Du reste est-il sage de renoncer à des biens positifs et durables, position, respect, fortune, enfants, pour les bonheurs précaires de l’amour ?
L’aveu, dira-t-on, est une solution extrême et qui ne se présente pas à l’esprit de beaucoup de femmes.
C’est possible. Mais sans aller jusqu’à l’aveu, il y a la lutte avec soi-même, le remords, le désespoir, l’énorme poids du secret. L’utilité du prêtre est ici la même ; il vous débarrasse d’un accablant fardeau, il vous soulage, vous calme, évite un inutile scandale… On comprend pourquoi il continue à occuper une place importante dans la société.
A présent, vous me direz peut-être que vous ne tenez pas autrement à conserver la société actuelle et que vous ne ferez rien pour la défendre.
Cela, c’est un autre point de vue.