Je donne ces raisons sans ordre. En effet, pour Mme X…, la raison numéro cinq (mensonge) a une valeur immense et la première (pudeur) — Mme X… est d’une anatomie impeccable — n’en a aucune. Pour celle-ci, dont le mari seul a de la fortune, le numéro trois (risques) est un cran d’arrêt, tandis que pour l’autre, qui est plus mère qu’amante, le quatre (enfants) est infranchissable. Et ainsi de suite.

Mais on peut établir que ces combats où la nature et la société ont une égale part et qu’à des degrés différents subissent toutes les âmes délicates, prennent chez les femmes dont l’âme et l’éducation sont religieuses une teinte uniquement religieuse. Ces femmes ne voient plus que le péché. La lutte pour elles est entre le devoir et la passion. Mais le devoir est envers Dieu ; elles résistent au nom de la religion ; c’est à Dieu qu’elles demandent des forces pour lutter contre leur amour. Elles se suggestionnent au point que la religion leur devient réellement un soutien. Elles imaginent que c’est à cause de leur foi qu’elles ne cèdent pas.

En fait, on voit les mêmes combats chez celles qui croient et chez les autres. Chez ces dernières l’horreur du mensonge, de la trahison, l’impossibilité du partage, la pudeur, etc. prennent la place que Dieu tient dans l’âme de leurs sœurs croyantes.

Peut-être la lutte est-elle moins douloureuse, moins âpre, chez celles qui la livrent à Dieu. Il est plus facile d’attendrir un Dieu compatissant que de se fléchir soi-même quand on a l’âme faite d’une certaine façon.

Puis, en Dieu, on est sûr de trouver le pardon final. Il y a mis certaines conditions, une contrition sincère… Mais on l’éprouve toujours, au moins momentanément. En tout cas, il a son représentant patenté qui se tient à votre disposition dans une belle église parfumée. Le prêtre a des paroles d’indulgence prêtes. Si vous pleurez, allez à lui.

Tandis que pour une femme droite, honnête, inaccoutumée aux compromissions, et qui doit lutter seule, le combat est plus dur.

Mais on comprend aussi que cela ramène les femmes, les faibles femmes, aux pieds du prêtre, au confessionnal.

X
L’AMOUR ET LA LITTÉRATURE

La littérature vit de l’amour.

Hélas ! par un funeste retour, l’amour trop souvent vit de littérature. La littérature nous impose ses clichés, nous oblige à nous servir d’idées toutes faites. Au lieu de courir librement devant nous, nous sommes forcés de suivre les ornières tracées. Avant l’épreuve, nous savons quels sentiments doivent correspondre à telles situations. Et les situations évoquent fatalement ces sentiments associés, un mari trompé ne peut être que ridicule — ce qui est tout à fait absurde ; une femme cédant à un premier amant doit à la tradition littéraire de crier qu’elle est perdue et de lamenter le sort de ses enfants.