Un des clichés dont la littérature a le plus usé et dont elle ne cesse, hélas ! de se servir est le suivant :

On suppose qu’une femme, honnête ou non (pour employer la terminologie usuelle, mais sans valeur), ne peut entendre un homme lui déclarer qu’il l’aime, si délicatement qu’il le fasse, sans se sentir outragée. Il faut alors que tout rapport cesse entre eux ; elle condamne sa porte à cet homme qui était hier son ami.

Voilà le thème familier à tant de romans anciens et à beaucoup de modernes.

En est-il de plus faux ?

Comment outragerait-on une femme en lui déclarant qu’on ne voit rien de plus beau et de plus doux qu’elle, qu’elle promet le seul bonheur auquel on tienne, que les autres femmes auprès d’elle sont comme des ombres vaines, etc., etc. ?

Y a-t-il là rien qui puisse porter atteinte à l’honneur d’une femme ? Est-on un intrigant, un homme vil, un débauché, parce qu’on nourrit de tels sentiments et qu’on les confesse ?

C’est pourtant ce que nous disent beaucoup de romans dont on loue la délicatesse. Mais dans la vie il n’en va pas ainsi. Regardons autour de nous pour voir comment les choses se passent.

Il n’est peut-être pas une femme qui n’ait entendu au moins une fois la déclaration d’un homme épris d’elle. Quels sont à ce moment les sentiments qu’elle éprouve ?

Elle en est d’abord flattée et heureuse, car une femme à qui on parle d’amour sent qu’on lui dit précisément ce qu’il est de sa destinée d’entendre ; on se sert d’une langue qu’elle comprend et dont les mots ont en elle des résonnances lointaines. Elle en éprouve une grande satisfaction.