Elle a presque réussi.

Dans une certaine bourgeoisie et dans le monde, la plupart des unions légitimes se font de nos jours à coups de marchandages et de concessions. Il faut que les pères et grands-pères s’agréent, que les mères se tolèrent, que les professions s’harmonisent (chez les notaires, on ne se marie qu’entre notaires !) que la religion, la fortune, les espérances, le rang soient égaux. Que d’histoires ! On consulte aussi, pour la forme, le goût des fiancés, un goût convenable et ganté. Inspection rapide. Lui avec un soupir : « Il faut se faire une raison ! » — Elle : « Il est plutôt bien… et puis je dois me marier. »


On ne peut dire que la société ait tort. Cette vieille dame a vu les drames de l’amour ; elle en connaît les dangereuses folies. Elle ne veut plus s’attacher qu’aux avantages réels, à ce qui dure et survit à l’individu. Les seuls biens qu’elle connaisse et qui puissent figurer au contrat sont les biens de fortune.


Mais l’amour a ses revanches. Aussi la société gémit-elle continuellement : « Que de scandales ! »

Pourtant ils sont le sel de la terre.

Si la société poussait ses principes jusqu’au bout, ce qu’à Dieu ne plaise, on verrait ceci :

Pour l’agrément de ses jours et, si possible, le charme de ses nuits, on choisirait une personne de goûts et de sexe complémentaires. Mais on insérerait au contrat la clause suivante : « Il est interdit aux époux d’assurer entre eux le développement de l’espèce. »