L’INSTINCT DE REPRODUCTION

B… n’a jamais été amoureux que de femmes saines et propres à mettre de beaux enfants au monde. Et chaque fois qu’il a aimé une femme, il a eu l’impérieux désir de se reproduire en elle. Il voulait la posséder, jouir d’elle et, aussi, lui faire un enfant. Il était ému à la pensée que sa substance se développerait et vivrait dans cette femme si belle, et qu’un être nouveau, plein d’ardeur et de beauté, naîtrait de cette union passagère.

Il m’assure qu’il n’a jamais caché ce désir aux femmes auxquelles il faisait la cour. « J’aimerais avoir un enfant de vous, leur disait-il, un être qui serait à la fois vous et moi, notre chair et notre sang indissolublement unis. »

Voilà une forme de déclaration à laquelle les séducteurs n’ont pas habitué les femmes.

Faut-il ajouter à l’honneur des femmes que B… passe pour avoir eu de rares et grands succès et pour avoir réussi là où d’autres avaient échoué ?

Il est vrai qu’une fois en possession de la femme qu’il aimait, le raisonnement, la prudence, venaient combattre l’instinct et avaient raison de lui.

La chose intéressante à noter est l’existence de cet instinct de reproduction arrivant jusqu’à la conscience.

LES RÊVEURS ET LES AUTRES

Il est des hommes que l’amour déprime. Sont-ils amoureux, ils ne peuvent proférer un mot, sont incapables d’exprimer leur passion autrement que par des larmes. Ils ne font une cour habile aux femmes qu’autant qu’ils ne les aiment pas. Sitôt que le sentiment entre en jeu, ils sont anéantis. C’est en somme pour eux (et par un homme de ce tempérament) qu’a été écrit L’Amour de Stendhal. « Un excès d’émotion paralyse une âme tendre », dit-il à peu près.

Mais les grands passionnés ne sont pas des rêveurs. Ce sont des hommes dont l’amour décuple l’énergie. Lorsqu’ils aiment, le monde leur appartient, rien ne résiste à leur élan. Taciturnes à l’ordinaire, ils deviennent éloquents. Des forces insoupçonnées jaillissent d’eux.