Et maintenant, à la conclusion.
Je sens que tu me reproches trop de prudence. Tu es audacieux. Les jeux dangereux t’attirent ; tu frémis d’impatience à l’idée de courir à la vie et de te mesurer avec elle. Et voilà qu’en face de l’amour, je te construis des positions défensives ! Je te dis : « Ne fais ni ceci, ni cela. Réserve-toi, comme le veut Montaigne, une arrière-chambre qui soit toute tienne. »
C’est vrai. Je te veux fort contre l’amour… Écoute-moi une minute encore.
Tu veux aller en mer. Choisiras-tu pour ta première sortie un petit bateau étroit et sans quille ? Partiras-tu sans avoir étudié la côte et les récifs ? Vas-tu te déchirer, en vue du port, sur un écueil que tous les marins connaissent ? Veux-tu qu’au premier coup de vent, ta barque capote et te jette à l’eau ? Veux-tu finir ainsi misérablement sans avoir vécu ? — Non.
Choisis un fort et souple voilier, bien lesté, bien gréé. Apprends à le manœuvrer, à virer, à marcher à toutes allures, à profiter de la moindre brise, à le tenir d’une main ferme au plus près du vent, couché à demi sur les flots. Je veux que tu saches lire une carte marine, éviter les courants dangereux et les écueils où la mer blanchit. Quel que soit le temps, et le vent sifflât-il en bourrasques, tu quittes le port. Tu files dans les tourbillons comme les grands oiseaux de tempête. Le danger ne t’effraie pas ; loin de le fuir, tu le cherches.
Maintenant je te permets de quitter la rade abritée où je t’ai appris à naviguer. Maintenant tu peux aller au large, loin de toute terre ; maintenant tu peux braver les orages, car tu es un homme, et c’est en homme que tu joues librement ta vie, plus loin, toujours plus loin, là où il n’y a plus que le ciel et que la mer.
V
LES FEMMES
Il n’y a que des individus. Pourtant ne nous interdisons pas le plaisir de généraliser et de classifier.
Voici trois classifications qu’on peut proposer pour les femmes. La première, la plus grossière, séparerait les femmes d’après le nombre des hommes qu’elles ont eus dans leur vie.
Nous aurions d’abord la femme d’un seul homme.