Il est des femmes de cette catégorie qui ont connu deux amours, les grands combats, la joie d’être aimées et la torture de ne l’être plus. Elles ont lutté et souffert, mais ne se sont données qu’une fois. D’aucunes ont sacrifié à Dieu l’homme qu’elles auraient adoré. Il y a dans leurs rangs les femmes auxquelles le devoir fait entendre une voix plus impérieuse que celle de la passion. Il y a celles, si rares, qui n’ont aimé qu’un homme et dont la vie a été remplie, chose admirable, par un seul sentiment.

Mais cette classe renferme aussi le lot innombrable des femmes-troupeau, les éternelles esclaves, celles qui acceptent tout sans réagir, avec résignation. De tempérament et de sensibilité médiocres, la passivité est leur lot. Ce sont elles qui transmettent à la race les qualités de soumission, de respect, de prudence, qui sont utiles, mais devant lesquelles il est difficile de s’enthousiasmer. Ces qualités sont d’ordre social. Une collectivité de gens parcimonieux fait un pays riche. Mais un homme avare montre une grande bassesse de caractère.

Qu’on ne me demande pas de m’incliner devant une femme qui n’a jamais aimé. Je me refuse à prendre la frigidité pour une vertu.


La seconde classe est composée des femmes qui ont eu deux hommes dans leur vie, et pas plus.

Le premier est le mari qui a été choisi le plus souvent par amour. Mais qu’est-ce qu’un amour de jeune fille, si intense soit-il, et au devant de quelles déceptions ne court-il pas ? Deux ou trois années se passent ; l’amour disparaît dans les cahots de l’existence conjugale. Voici une femme qui, toute jeune, a devant elle une longue vie plate, morne, privée de la seule chose qui ait de la valeur à ses yeux. Elle se désespère. Pourtant elle sent en elle une force qui ne se laisse pas abattre, qui ne veut pas mourir. Mais quoi ! elle n’est pas faite pour les aventures ; elle se résigne… Au moment où elle a cessé d’espérer, elle rencontre enfin un homme. Son cœur qu’elle croyait mort tressaille ; de nouveau la vie tumultueuse coule à grands flots dans ses veines. Elle aime, elle aime cette fois-ci d’un amour averti ; elle n’est plus l’enfant innocente de jadis ; elle se met à l’épreuve, longtemps : elle se donne enfin, parce qu’elle est sûre que c’est pour toujours… Elle joue sa dernière chance de bonheur.

Et si elle perd ?… Tant pis, tout est fini. Elle ne s’accorde plus le droit de se tromper ; elle sait qu’il y a des expériences qu’on ne recommence pas indéfiniment sans y laisser des choses auxquelles elle accorde une valeur inestimable.

Viennent maintenant les femmes qui ont eu plus de deux hommes. A partir du second amant, il est difficile, et peut-être inutile, de vouloir établir un compte. Le passage de un à deux ne va pas sans luttes ; celui de deux à trois est infranchissable pour certaines femmes. Mais après trois, pourquoi pas quatre ? Celles qui se sont affranchies, qui mènent une vie libre, ont acquis le droit d’agir à leur guise et de suivre leurs passions.


Mais je vois une autre classification que je préfère.