On pourrait diviser les femmes en deux classes seulement :
- celles qui ont du courage,
- celles qui en manquent.
Il n’est peut-être pas de femme qui ne se soit trouvée à une heure de sa vie dans la nécessité de prendre un parti courageux ou de renoncer à l’amour. L’amour — et c’est sa grandeur — ne va pas sans dangers. Si on veut le suivre, il faut quitter la route aisée, bien tracée, où l’on chemine avec les autres, sous la protection des gendarmes, pour se jeter hardiment sous bois, à l’aventure, arrive ce qui arrive. Le pays que l’on parcourt alors est plein de périls ; il faut se cacher, faire attention à mille choses auxquelles on ne pense point sur la grande route. On risque de tomber dans des fondrières et de se casser le cou.
Oui, l’amour n’est pas la petite chose facile et innocente que certains imaginent ; le souvenir des mille tragédies qu’il a causées revient à l’esprit au moment où l’on hésite. Se mettra-t-on en lutte avec la société ? Est-on prêt à sacrifier les biens auxquels on est attaché, sa réputation, et plus encore, les liens de famille, ses enfants, peut-être ? Ces avantages matériels et moraux, vous en dressez la liste. Le total donne à réfléchir. En face, il y a l’amour, tout nu. Oserez-vous prendre parti, risquer tant, sacrifier en pensée — cela suffit — des choses si précieuses et vous jeter où ? Dans l’inconnu.
Ici beaucoup de femmes reculent. Elles ont peur. Elles sont lâches. Elles renoncent à l’amour.
Mais les autres ne balancent pas. Elles ont de la vertu, au sens antique du mot, au temps où il signifiait « courage ». Il y a souvent de la grandeur d’âme, des qualités héroïques chez celles qui, ayant vu devant elles le carrefour redoutable, ont choisi l’amour et en ont accepté les dangers.
Voici enfin une troisième classification (on pourrait en proposer à l’infini).
D’une part, les femmes qui débutent par un sentiment. Elles ne se donnent qu’à l’homme qu’elles aiment. Le sentiment est leur seul guide, la loi suprême. Où il est absent, il n’y a que débauche. Où il brille, il purifie tout. C’est un signe presque divin. « Je l’aime » disent-elles, et tout le reste s’en suit. Leur cœur a parlé, elles obéissent joyeusement. Chez certaines le cœur ne parle qu’une fois ou deux ; chez d’autres il ne cesse de s’émouvoir et l’on voit des femmes aimer successivement, et à chaque fois d’une exclusive passion, plusieurs douzaines d’hommes.
D’autre part, voici les femmes qui n’ont pas besoin d’aimer pour goûter les plaisirs de l’amour. Elles les prennent au hasard des rencontres. Elles regardent un homme ; il leur plaît ; elles sont émues ; leurs yeux brillent ; leurs lèvres deviennent humides ; elles se donnent à lui (Exemple : la femme que l’on a dans sa voiture, en la raccompagnant du théâtre où on l’a rencontrée, le soir même, pour la première fois). S’il y a maldonne, elles recommencent ailleurs, jusqu’à ce qu’elles trouvent qui les satisfasse. Elles ne sont, du reste, pas incapables d’aimer.