Les femmes désirent secrètement être battues.
Elles ne l’avouent ni à autrui ni à elles-mêmes ; peut-être même l’ignorent-elles ; mais — est-ce l’obscur réveil d’un sentiment atavique, le souvenir empreint, au tréfonds de leur conscience, des ancestrales raclées reçues par leurs sœurs timides, farouches et soumises, au sein des paradis perdus ? est-ce la nostalgie de ce bonheur primitif et disparu ? — elles veulent des coups.
Quelle femme digne de ce nom et sexe admirable n’a connu les heures d’exaspération grâce auxquelles nous savons, enfin, le prix de la vie calme ? Quelle femme ne fait des scènes ?
Or on peut poser l’axiome suivant :
Une femme qui fait une scène désire être battue.
Voyez notre infortunée compagne malade d’énervement. Elle ne sait ni la cause, ni le remède de son mal. Pourtant, avec la merveilleuse et aveugle sûreté de l’instinct, elle va droit où il faut aller. Elle prend un prétexte et le hérisse de pointes… L’homme imbécile, qui n’emploie sa raison qu’à déraisonner, s’efforce de rester calme : « Tu cries, dit-il, parce que tu es une pauvre petite créature de nerfs ; moi, plus sage, je te montrerai ce qu’est un homme raisonnable et maître de soi. »
Il prodigue les bonnes paroles ; elle s’exaspère… C’est de bien autre chose que de paroles bonnes où mauvaises qu’elle a besoin. Maintenant ses nerfs vibrent si aigus qu’il semble qu’on les entende. De toute ardeur, elle cherche ce qui mettra l’homme hors de lui, ce qui lui fera perdre son détestable sang-froid, ce qui amènera, enfin, l’explosion désirée ; — et, en face d’elle, blanc de colère contenue, dépensant une force inutile dans la vaine besogne de se maîtriser, ce grand benêt d’homme civilisé continue à crisper son poing dans sa poche au lieu d’en meurtrir les délicats méplats du visage convulsé qui se tend vers lui.
Si la femme est plus intelligente que celui auquel elle est associée, elle souffre de la supériorité anormale de sa position ; elle est heureuse que l’homme, par l’emploi opportun de ses poings, lui démontre qu’il y a au moins une supériorité qui est restée sienne. Ainsi l’équilibre du ménage se trouve-t-il rétabli.