La bouche ?

Il y a en elle tant de promesses de bonheur que c’est elle, après les yeux, que nous regardons d’abord. Aussi a-t-elle plus d’une façon de faire son salut et le nôtre.

Qu’elle soit grande, petite, flexible, sinueuse, droite, charnue ou mince, il n’y a qu’une chose qu’on ne peut lui pardonner, c’est d’être molle.

Il est des bouches qui sont comme le calice humide d’une fleur.

On ne peut croire qu’elles soient faites utilitairement pour avaler de la nourriture. Elles semblent n’être là que pour être baisées. Pourtant les femmes qui les ont mangent de fort bon appétit.

Elles devraient manger seules, à l’écart.

Des dents blanches et petites qui pourraient mordre si bien, si elles voulaient ; une langue, effilée, agile et rose, qui joue à se cacher derrière la barrière des dents, voilà le mobilier de la bouche.


Les yeux bruns, veloutés et chauds, les yeux comme des saphirs ou pareils à des bleuets, les yeux aigue-marine, jade ou glauques comme la mer, les yeux pâles et profonds, les yeux pervenche, si doux qu’on voudrait les boire, les yeux noirs qui sont métal, ceux qui sont agate, ceux qui sont soie moirée, les yeux dorés comme un beau fruit, les yeux vifs et les yeux tristes, ceux qui pétillent et ceux qui pleurent, ceux qui contemplent et ceux qui regardent, ceux qui gardent un secret et ceux qui le disent, ceux qui se taisent et rêvent, ceux qui désirent et parlent, ceux qui commandent, ceux qui obéissent, ceux qui incendient et dont on ne peut soutenir l’éclat, ceux en qui seule une petite flamme d’espoir veille, les yeux grands, petits, allongés, séparés ou rapprochés, ovales, plus ou moins, à fleur de tête moins que plus, aux paupières lourdes ou légères, lentes ou promptes, claires ou bistrées, aux sourcils épais, ou effilés comme au pinceau, en arc à la byzantine ou presque droits à la française, — les yeux, c’est assez s’ils vivent.