Il y a autre chose que la beauté des traits.
Au moment où la femme tente un grand coup de séduction, entre seize et vingt-deux ans, la nature, qui sait ce qu’elle veut, lui prête un charme momentané qui n’est une qualité d’aucun des traits, mais de l’ensemble. Chacun des traits, médiocre en soi, devient agréable. On dit alors : « Elle a les yeux petits, mais ils ont du feu ; le nez retroussé, il est spirituel ; la bouche est trop grande, soyons-lui-en reconnaissant, puisque c’est pour découvrir de belles dents, etc., etc… »
En y regardant de près, c’est une qualité de la peau qui fait le charme de la jeunesse ; la sève circule abondante dans les tissus et donne au teint de l’éclat, de la fermeté à la chair, du brillant aux yeux… Rien n’est moins durable. Lorsque le prestige a opéré, que la jeune fille est devenue femme, la nature s’en désintéresse aussitôt. Vous êtes en face d’une personne sans éclat et dont les traits sont laids. Il est vrai que si elle est votre femme et que vous avez vécu quelques années avec elle, vous ne la regardez plus. Elle fait alors partie de votre vie comme un meuble auquel on est accoutumé, qu’on se refuserait à acheter, mais que, l’ayant, on laisse où il est, dans un coin.
Telle est la première floraison de la femme.
Il y en a, chez beaucoup, une seconde, celle-ci entre trente et quarante ans.
A ce moment, la nature fait un nouvel effort. Généreuse, elle donne à la femme une chance de plus, la dernière.
Celle-ci, c’est du surcroît, du luxe, c’est pour le bonheur. La femme reprend avant la maturité un éclat qu’elle n’avait plus. Elle redevient séduisante comme à ses dix-huit ans avec tout le charme en plus de l’élégance apprise, avec le raffinement de dix ans passés à s’orner pour plaire.
Qui profitera de cette heure de jeunesse ?… Il est peu probable que le mari qui ne regarde plus sa femme s’aperçoive même de cette transformation. S’il n’est pas aveugle, et s’il craint les apanages du mariage, il s’empressera de lui faire un enfant.