— Il s’appelle Nicolas Vladimirovitch Savinski ; il est président de la Banque du Nord.
— Savinski, dit le maître de la maison, s’approchant soudain. Il faut que je le voie.
On remarqua seulement alors qu’Ivan Choupof-Karamine n’avait pris aucune part à la joie générale et ne s’était même pas approché des fenêtres.
Sa grosse figure pâle et bouffie, ses joues tremblantes, qui le faisaient ressembler à Louis XVIII, étaient aujourd’hui blêmes.
— Savinski, ajouta-t-il très agité, je dois lui parler.
Il regarda par la fenêtre, puis, rassuré :
— Je cours après lui. Mais peut-on sortir ? Tire-t-on encore ?
Et, de toute la vitesse de ses petites jambes, il roula vers la porte. Mais il revint brusquement sur ses pas, se précipita sur une gerbe de fleurs qui ornait le coin du salon, arracha le large ruban rouge qui la liait, le passa à sa boutonnière et s’en fit une énorme cocarde.
— Il faut se mettre à la mode, dit-il en ricanant.
Et c’est ainsi qu’Ivan Choupof-Karamine, hier encore ministre de Sa Majesté Nicolas II, descendit dans la rue, la boutonnière fleurie de l’emblème rouge, le premier jour de la révolution.