Séméonof la regarda, étonné. Comme elle l’aimait ! Mais il ne résista pas et suivit la jeune fille. Arrivé au bas de l’escalier, avant de sortir sur la place du Palais, il lui dit :

— Restez ici, Lydia Serguêvna. Je ne puis vous emmener à la Gorokhovaia. Je reviens dans un instant.

Mais Lydia refusa…

— Je vous attendrai dans la rue, dit-elle, chaque instant compte…

Sur la place et dans les quelques minutes du trajet, Séméonof dit à Lydia :

— Puisque je vous vois enfin et puisque vous avez de l’influence sur Nicolas Vladimirovitch, laissez-moi vous faire comprendre que vous pouvez lui rendre un grand service. Il est menacé, c’est vrai… Je pourrai peut-être encore le tirer d’affaire, mais, Lydia Serguêvna, il faut qu’il se rallie à nous, qu’il travaille avec nous. Nous avons besoin de lui. Persuadez-le… Sinon, je ne serai pas toujours assez puissant pour le sauver…

— Oui, oui, disait Lydia, qui paraissait ne pas entendre. Je vous le promets… Mais hâtons-nous… Je vous reverrai plus tard. Vous m’expliquerez alors ce que je dois faire.

Ils étaient à la porte de la préfecture. Séméonof entra seul. Dix minutes plus tard, il retrouva Lydia, immobile et pâle, sur le trottoir.

— La chose est arrangée, dit-il. Notre ami sera libéré, mais il y a des formalités à remplir. J’ai dit qu’on l’amène à l’état-major. Si vous voulez l’attendre, venez chez moi vous chauffer. Je ne veux pas vous laisser sur ce trottoir glacé.

Lydia le suivit sans protester. Elle avait froid ; elle était fatiguée. Depuis qu’elle appartenait à Savinski, elle n’avait pas connu une heure où elle se sentît aussi misérable.