— S’il le faut, dit-il froidement.

Comme ils allaient se séparer, Séméonof tendit la main à Nicolas Vladimirovitch.

— Vous allez être un financier en disponibilité, fit-il. Je crois que c’est demain matin que nous occupons les banques.

Il s’arrêta pour laisser à son interlocuteur le temps de saisir le sens plein de la communication qu’il venait de lui faire de sa voix la plus froide. Puis il ajouta, comme avec négligence :

— Personnellement, vous n’avez rien à redouter. Nous avons besoin de vos talents.

— Eh bien, dit Savinski, qui jugea toute protestation inutile, vous seriez sage, Léon Borissovitch, de me garantir, en attendant, la sécurité de mon retour jusqu’à l’Aptiékarski Péréoulok. Sans reproche, vous nous laissez dans la nuit, et la Moïka est un coupe-gorge.

— J’ai une automobile, répondit Séméonof, de bonne humeur maintenant, je vous déposerai. Je cours les mêmes risques que vous ; mais je n’ai pas le loisir d’y penser… Dans les temps où nous sommes, mon cher, ma vie et la vôtre sont hasardées… Qu’importe ! En tout cas, il n’y aura pour l’instant aucune perquisition chez vous. Si l’on veut entrer la nuit, n’ouvrez pas et téléphonez au numéro 4-15. On enverra immédiatement une patrouille.

L’automobile de Séméonof était conduite par un soldat en uniforme. Il suivit la Millionnaia. Arrivé devant la maison des Choupof-Karamine, Savinski vit de la lumière et se fit arrêter.

— Vous présenterez mes hommages respectueux à la belle Nathalie, dit Séméonof en s’inclinant.

La nouvelle que Savinski venait d’apprendre ne l’émut pas. Il était très exactement renseigné sur ce qui se passait à Smolny et, depuis plusieurs jours déjà, avait été averti que la saisie des banques était imminente. Aussi avait-il pris ses précautions. Lorsqu’il avait aperçu de la lumière chez les Choupof-Karamine, il avait aussitôt pensé que Lydia était peut-être là, qu’il la verrait et lui demanderait de le conduire à son père, à qui il voulait épargner l’émotion d’une fâcheuse nouvelle le lendemain matin.