Mais déjà Lydia était près de lui.

— Vous m’excuserez, Nicolas Vladimirovitch, de vous recevoir ainsi. J’avais mal à la tête et j’ai défait mes cheveux dont je ne pouvais supporter le poids.

Elle leva les yeux sur lui.

— Mais vous êtes pâle, mon ami. Qu’avez-vous ? Êtes-vous fatigué ?… Vous n’avez pas d’ennuis, j’espère. On va nous donner du thé. Asseyez-vous là, près de moi, sur le divan.

Elle le prit par le bras et l’entraîna. Mais Savinski refusa de se mettre près d’elle sur le divan et choisit un fauteuil de l’autre côté de la table. On entendait dans la pièce voisine, dont la porte était ouverte, les pas de la nourrice Katia qui allait et venait rangeant le linge de sa maîtresse. Parfois, elle entrait dans la chambre pour dire à Lydia quelques mots.

Une femme de chambre apporta du thé. Lydia demandait à Savinski des nouvelles des siens. Avait-il été satisfait de son séjour en Finlande ? Ses enfants se portaient-ils bien ?

Savinski, tout troublé qu’il fût, remarqua avec surprise qu’il y avait un rien de changé dans le ton sur lequel elle s’exprimait. Elle parlait avec une grande amitié, mais il y avait pourtant quelque chose d’un peu distant, d’un peu conventionnel qui ne lui échappait pas et qui était nouveau entre eux.

Il donna des détails sur la vie que menaient là-bas sa femme et ses enfants. Il dit l’impatience de Boris à l’idée de rentrer à Pétrograd et combien il était difficile pour Sonia de passer ses journées si loin de lui, se rongeant de soucis à son sujet. Il parla assez longtemps sans regarder Lydia et, comme il finissait, il leva les yeux. Elle était à moitié renversée sur le divan ; ses cheveux lui faisaient une couche dorée. Mais il fut frappé de voir qu’elle avait la bouche crispée comme si elle souffrait.

Décidément l’atmosphère de cette chambre était lourde. Il y avait quelque chose d’inexplicable entre eux dont ils sentaient le poids mystérieux. C’était, sans doute, la grande question soulevée par la demande de lord Douglas. Il fallait y arriver et Savinski s’y jeta, sans plus attendre, comme un homme qui a décidé d’en finir avec ses jours se précipite dans l’abîme, les yeux fermés.

— Où en êtes-vous avec le lord Douglas, Lydia Serguêvna ? demanda-t-il. J’ai beaucoup pensé à ce que vous m’avez dit.