Lentement elle se déshabilla, se coucha, et s’endormit aussitôt, — car, quelle que fût la violence de la tempête qui l’avait agitée, elle n’avait encore que dix-huit ans, et, à cet âge-là, il n’est pas de soucis que la nuit ne calme.

XII
UN COUP DE TÉLÉPHONE

Le lendemain matin, à la lumière grise du jour d’hiver qui entrait par ses fenêtres, elle n’osa pas regarder sa décision en face ; elle ne lui jetait que des coups d’œil comme en passant. Oui, ce qu’elle avait décidé était toujours là devant elle ; il n’y avait rien de changé ; elle ne revenait pas sur le parti qu’elle avait pris. Mais il valait mieux ne pas rester à contempler un but si éblouissant qu’il vous aveuglait. Elle était certaine d’y arriver un jour. Mais quand ? comment ? Il était impossible de le prévoir et de dresser un plan. Cependant elle éprouvait une impression fort agréable de paix avec elle-même. Elle goûtait un repos délicieux.

La nourrice Katia allait et venait, un peu courbée, dans la chambre. « Elle n’est pourtant pas âgée, se dit Lydia. Elle n’a pas cinquante ans. Comme les femmes vieillissent vite ! Elles ont quelques années à elles, et puis c’est la fin… »

— Katia, Katia, appela-t-elle. Pourquoi te tiens-tu courbée ainsi ?

Katia vint à elle. Elle hocha la tête.

— J’ai attrapé des douleurs, ma petite colombe.

Tout en parlant, elle sourit de sa grande bouche et découvrit ses mâchoires où manquaient plusieurs dents.

— Combien te reste-t-il de dents ? demanda avec intérêt Lydia allongée dans son lit, les deux mains passées sous sa tête.

— Mais je ne sais pas, ma petite âme, dit la nourrice, je ne les ai jamais comptées. Il m’en reste assez pour ce que j’en fais.