— Eh bien, moi, j’en a vingt-huit, Katia : elles sont solides et je puis mordre très fort, si je veux. Regarde.

Elle dégagea un de ses bras, l’approcha de sa bouche qu’elle ouvrit toute grande et mordit dans la chair tendre à pleines dents. Lorsqu’elle lâcha prise, on voyait dessinées en petits carrés rouges deux rangées de dents régulières sur la peau blanche.

— Mais tu es folle, Lydotchka, ce matin !

Et la nourrice, prenant le bras de sa maîtresse, le frotta doucement.

— Écoute, nourrice, dit Lydia, raconte-moi l’histoire d’Ivan le Simple, mais seulement à partir du moment où il arrive au château où est enfermée la princesse. Il y a là un passage que j’aime beaucoup. Tu sais, quand la fille du roi est sur la tour et regarde vers l’orient. Te souviens-tu des mots ?

— C’est ainsi, dit Katia : « Ivan, ayant fait encore du chemin, vit devant lui un riche palais d’or et de cristal d’où venait une musique divine qui le plongeait dans l’extase. Il découvrit que, sur le sommet de la plus haute tour, une jeune fille d’une beauté merveilleuse jouait du luth… Elle regardait attentivement du côté où était Ivan, car sa vieille nourrice en mourant lui avait dit : « Ne pleure pas. Ne t’afflige pas. De là-bas (elle montrait de la main l’orient) viendra un homme hardi, et glorieux, et russe, qui te délivrera… »

— Nourrice, interrompit brusquement Lydia, quel âge avait Ivan le Simple quand il épousa la fille du roi ?

— On ne le dit pas dans l’histoire, mon enfant. Il était tout jeune, sans doute. Peut-être avait-il vingt ans.

— Vingt ans ! fit Lydia avec véhémence, vingt ans ! Épouser un homme de vingt ans ! C’est horrible… Je n’y avais jamais pensé quand tu me racontais ce conte… Et, maintenant, je ne l’aime plus.