CORLAIX. Citez, mon cher, citez!…
BRAMBOURG. A quoi bon, Commandant?… La liste est trop longue des hommes de coeur bafoués par la canaille …
CORLAIX. Ma foi! vous êtes trop jeune pour avoir souvent voyagé et tout de même vous êtes revenu de beaucoup de pays.
BRAMBOURG. Oh! je n'ai pas besoin de quitter la France … ni même Toulon … Des soldats qui carottent leurs officiers?… des valets qui pillent leurs maîtres.?… des femmes qui trompent leurs maris?… que diable n'a pas vu cela partout et mille et dix mille fois!
CORLAIX. C'est toujours instructif à rappeler … quand c'est à propos.
BRAMBOURG [qui poursuit]. Il n'y a pas si longtemps que je l'ai vu.
CORLAIX. Où?
BRAMBOURG. Dans ma propre famille.
CORLAIX. Il vous est peut-être pénible de remuer …
BRAMBOURG. C'est une vieille histoire … et d'ailleurs une histoire très laide!… l'histoire d'un de mes oncles que j'aimais beaucoup et qui était vraiment un brave homme … un homme excellent … non sans valeur ma foi … il n'était plus jeune … mais il était encore loin d'être vieux … [Corlaix allume une cigarette et n'en offre pas à Brambourg.] Bref, un vilain jour … oh! il y a longtemps de cela: j'avais dix ou douze ans, lui quarante ou cinquante, un vilain jour, la fantaisie le prit de se marier … Il avait vécu seul jusqu'alors, mais sa solitude lui pesa tout à coup. Dieu sait pourquoi. Il crut très bien faire en épousant une femme jeune et jolie qui, d'ailleurs, lui témoignait, paraît-il, beaucoup d'amitié.