—C'est délicieux, n'est-ce pas, mon cher? Une garçonnière rêvée!

Elle se détourna sans affectation d'une estampe de Rops un peu réaliste pour admirer un brûle-parfums correct.

—Tout est d'un goût!... M. Arif est vraiment un artiste. Et quel ami charmant! Il y a longtemps que vous le connaissez, monsieur?

Elle s'était assise, souriante, aisée, mondaine. Elle attendait le maître de maison, sans marquer l'étonnement qu'elle avait qu'il ne fût pas là pour la recevoir. Elle imaginait visiblement qu'il allait venir, s'excusant de son retard, et qu'il la conduirait avec cérémonie vers quelque table de souper.

L'opium, cela devait être une cigarette très parfumée, qu'on allumerait entre deux coupes de Mumm...

L'homme à orchidée, l'amant, demeurait de bout, le pardessus au bras gauche. Et je lisais sur sa figure un blâme dédaigneux pour l'accoutrement de carnaval dont il me voyait revêtu, et pour tout ce qu'il flairait d'incorrect dans cette maison de bohème où il n'était entré qu'à regret, pour plaire à sa maîtresse.

Elle, apercevant une psyché, s'était levée pour rajuster sa coiffure, froissée par le capuchon de la sortie de bal. Dans le miroir, je surpris son vrai regard—son regard de femme vivante, et non plus factice—appuyé sur moi. Une seconde. Et elle se retourna, les yeux indifférents.

Je l'empêchai de se rasseoir.

—Madame, s'il vous plaît maintenant d'entrer...

Et j'ouvris la fumerie rouge, pleine d'ombre.