Elle avança de trois pas et s'arrêta.
Arif fumait. Sa silhouette de satin bleu et noir se distinguait mal parmi les volutes grises qui ondulaient sur les nattes. On voyait cependant qu'il ne bougeait pas et que peut-être il ne s'était point aperçu de notre entrée. Le silence était accru, matérialisé par le grésillement menu de l'opium, au-dessus de la lampe. Moi, j'avais laissé tomber le burnous hors de la fumerie et fermé la porte, pour exclure le dehors. Et je me couchais en face du fumeur, comme auparavant.
Arif acheva d'aspirer le bambou noir, puis se rejeta sur le dos, sa nuque à la renverse heurtant le coussin de cuir; et il parla:
—Madame, la fumerie est toute à vous... Vous voyez qu'on fume l'opium couché. S'il vous est agréable de ne pas gâter votre toilette et d'être à l'aise dans une robe molle, j'ai des kimonos citron qui iront bien à votre peau pâle, et le cabinet de toilette est à vous, comme la fumerie...
Elle regarda son amant, stupéfaite, et fit un effort pour répondre:
—Merci... je fumerai comme je suis.
Je me rangeai pour lui faire place sur la natte, près du plateau. Mon bras toucha le panier de la théière, et je remplis une tasse que je lui offris. Elle hésita, impressionnée jusqu'à l'impolitesse:
—C'est bien du thé?—murmura-t-elle sans boire.
Paisiblement, je lui repris la tasse et je bus à sa place. Elle rougit, et, pour cacher sa confusion, s'allongea tout de suite le long du plateau, serrant ses jupes aux chevilles et prenant grand soin de ne pas effleurer mon corps étendu près du sien.
—Comment fait-on?—demanda-t-elle, perplexe devant le bambou.