—On aspire d'un seul trait jusqu'au bout de son souffle.
Elle appuya le bout de jade contre ses lèvres, et la drogue ruissela lentement dans ses poumons vierges.
Je ne la regardais pas du tout. Cela ne m'intéressait point. Et puis, il aurait fallu tourner ma tête à droite, et j'étais bien, sur le dos, les yeux au mur rouge. Au mur, il y avait l'amant, adossé. De la fumée grise floconnait entre lui et moi, et, à travers, il ne me paraissait plus tout à fait réel, lui qui ne fumait pas: moitié homme, moitié larve...
A bout de souffle, elle lâcha la pipe et se raidit brusquement en arrière. J'entendis le choc de ses peignes sur le sol et le cri des nattes griffées par ses deux mains.
Sans parler, Arif prit une autre goutte d'opium au bout de l'aiguille. Puis, la pipe cuite, il me la tendit.
Pour fumer, je dus appuyer ma joue sur l'épaule droite de la fumeuse. Elle, si ombrageuse tout à l'heure, ne remua ni ne tressaillit.
—A vous, madame,—dit Arif ensuite.
Elle se tourna immédiatement et reprit le bambou.
Tandis qu'elle fumait, Arif parla, sans cesser de guider le fourneau au-dessus de la flamme:
—Cela m'ennuie de vous appeler madame. Je ne sais pas votre prénom, et d'ailleurs il est peut-être laid. Peu importe. Ici, nous vous nommerons d'un nom de fleur, voulez-vous?