A la suite de son malencontreux voyage et de ses épousailles manquées, le Chat-Comme-Ça n'avait pas jugé qu'il y eût dans tout ça de quoi faire trêve à ses exhibitions suggestives non plus qu'à ses symphonies pré-nuptiales. Voire, les symphonies en question redoublèrent sur le champ d'énergie. Pour parler franc, ce fut, le lendemain de ce jour fâcheux, un vacarme affolant, sans merci ni trêve. Le Chat-Comme-Ça,—tout le monde a ses jours,—se trouvait sans doute dans un de ses jours les plus musicaux. Toujours est-il que la maison en résonna comme un tambour. Il avait été la veille désirable qu'on mît fin au concert. Ce jour-ci, la clôture devenait nécessaire et urgente.
J'avais essayé de l'intimidation:
—Chat-Comme-Ça, dans ton intérêt personnel, je te conseille de donner un coup d'œil à la pendule: il est l'heure-où-l'on-noie-les-chats moins cinq!
Mais j'avais reçu, lancé de biais, avec une infinie nonchalance, un regard écrasant de dédain:
—Pourquoi fais-tu l'imbécile? Me crois-tu d'âge à gober des contes de nourrice? Miarahrahrahrahhoûuu!
Et j'avais fait demi-tour, humilié.
Sur quoi, fatigué de miauler, le Chat-Comme-Ça se prit à hurler. Deux enfants râblés qu'on eût égorgés avec un couteau coupant mal auraient fait un bruit à peu près du même volume, moins désespéré toutefois.
Je sautai sur mon chapeau, et gagnai la rue. Tout, plutôt qu'endurer ça davantage.
Or, je traversais l'allée de la porte cochère quand une secousse paralysa net mes deux jambes: à trois pas de moi, dos rond, nez en l'air,—incontestablement sous le charme du concert dont l'immeuble entier retentissait,—un matou blanc, vigoureux et bien pris, venait d'entrer, franchissant avec audace ce seuil si magnifiquement mélodieux...