«C'était à un bal d'étudiants. Nous dansâmes ensemble. Je lui plus. Il me le dit. Lui ne me déplaisait pas. Il était plutôt joli que laid, avec de grands yeux et des mains petites; par ailleurs élégant et correct. Je n'en demandais jamais plus. Il voulut me reconduire. Je n'avais point de compagnon ce soir-là. J'acceptai.

«Nous passâmes une très agréable nuit. Pourquoi ne l'avouerais-je pas?

«Le lendemain, il était amoureux. Moi, je n'étais pas amoureuse. Il refusa de s'en aller. Je fus ennuyée, mais que faire? Je ne pouvais guère le mettre à la porte. Il me suppliait à genoux. Je me laissai fléchir. Il resta.

«Il resta une semaine, un mois, deux mois. Je commençais à le prendre en grippe. Il ne me quittait pas plus que mon ombre. Il me gardait à vue. Il me tenait en laisse. Il m'accompagnait chez la modiste et chez la couturière. Il était là quand je m'habillais, quand je sortais, quand je me promenais, quand je rentrais, quand je me fardais, quand je me baignais, quand je dormais! Tout le temps de notre liaison, je n'ai pas eu un jour de solitude, une heure de liberté. Finis les bals et les soupers; finies les parties folles, finis les caprices, les fantaisies, les intrigues, les amourettes, tout ce qui me plaisait, tout ce que j'aimais, tout ce qui m'avait séduite et arrachée à la maison familiale! Je menais une vie de femme du monde. Ulrich était un mari, un geôlier. Je me sentais en cage.

«Et je vous passe les jalousies, les crises, les scènes.

«—Tu ne m'aimes plus! Tu me trompes! Je te tuerai!

«L'aimer? Je ne l'avais jamais aimé. Le tromper? J'aurais bien voulu, mais comment? Être tuée? je n'y tenais pas du tout et j'en avais peur.

«Au bout de deux mois, je n'en pouvais plus. Je lui déclarai à brûle-pourpoint que j'en avais assez, que j'étais résolue à rompre.

«—Pourquoi?

«—Parce que.