II
TABLEAUX DE LA GUERRE HISPANO-AMÉRICAINE


1
LA BATAILLE NAVALE DE MONILO-CAVITE[1]

(Hong-Kong, 25 mai 1898).

Le public français a appris la destruction de la division espagnole des Philippines, le lendemain même de la bataille. Si j'envoie si tard ces quelques détails sur le combat, ce n'est pas à titre de spectateur, car je n'étais pas à Manille à cette date sanglante du 1er mai. Mais à Hong-Kong, où les Américains vinrent apporter eux-mêmes la nouvelle de leur victoire, j'ai eu l'occasion d'en faire parler plusieurs officiers; et ce que je voudrais, c'est faire comprendre aux gens étrangers à ces choses comment il se fait que les Espagnols, braves, bons marins, et disciplinés, ont pu subir un désastre total sans même avoir endommagé leurs adversaires.

Autant qu'il m'en souvient, la dépêche Havas du 2 mai donnait très exactement, à quelques détails près, le résultat de la bataille: «L'escadre américaine a réduit les forts espagnols et coulé ou incendié tous les bâtiments sans exception. Les Espagnols ont eu trois cents tués et quatre cents blessés.»

La nouvelle a dû, en France, paraître invraisemblable. A Hong-Kong, elle n'a surpris personne. On s'y attendait, dans le monde militaire surtout.

Huit jours auparavant, j'avais vu en rade relâcher cette escadre du commodore Dewey. Elle comptait quatre fort beaux navires, redoutables à n'importe quels croiseurs européens: l'Olympia, croiseur amiral, un grand navire de la taille de notre Pothuau, dépourvu de cuirasse, mais mieux armé et plus rapide;—le Baltimore, le Raleigh et le Boston, bons bâtiments un peu moins forts, mais parfaitement modernes et puissamment armés; en outre, deux canonnières, le Pétrel et le Mac-Culloch, sans grande valeur du reste. C'est ce dernier navire qui, le premier, apporta à Hong-Kong la nouvelle précise de la victoire.