En tout, l'escadre américaine déplaçait dix-huit mille tonnes, réparties sur quatre navires de combat. Sa grosse artillerie comptait dix pièces de 20 centimètres, de modèle récent; en outre, trente-six canons de moyen calibre, et trente-quatre pièces légères; le tout suffisamment abrité derrière des masques d'acier, protégeant pièces et servants des coups de l'ennemi.
La division espagnole, qui attendait son sort dans la baie de Manille, avait une composition bien inférieure. Elle comptait surtout des canonnières mieux faites pour la police que pour la guerre, de petits bâtiments construits pour appuyer près des côtes ou dans les rivières les opérations des troupes régulières contre les insurgés, et non pas pour subir l'attaque de grands croiseurs de haute mer bâtis pour le combat. Tels étaient le Don-Juan-de-Austria, le Don-Antonio-de-Ulloa, le Velasco, l'Isla-Cuba, l'Isla-Luçon. Seuls, les deux derniers, un peu plus récents, possédaient un pont cuirassé leur permettant de recevoir quelques obus sans couler immédiatement. A ces quelques canonnières, il faut joindre un croiseur en bois, sans protection aucune, la Castilla, et un croiseur en fer, la Reina-Christina, assez pauvre navire, un peu supérieur pourtant à ses compagnons. C'est sur la Reina-Christina que flottait le pavillon amiral.
Le tableau suivant résume en quatre chiffres les forces respectives des deux adversaires.
Valeur numérique.—Américains: 18.000 tonnes, 2.000 hommes.—Espagnols: 12.000 tonnes, 1.500 hommes.
Grosse artillerie.—Américains: 10 pièces de 200 m/m.—Espagnols: Néant.
Artillerie moyenne.—Américains: pièces de 152 m/m, 17 canons.—Espagnols: 10 canons.—Pièces de 125 m/m:—Américains: 20 canons.—Espagnols: 18 canons.
Artillerie légère.—Américains: 34 pièces; Espagnols: 34 pièces.
Et ce que les chiffres ne disent pas, c'est que, dans l'escadre américaine, tout est spécialement fait pour la guerre, et rien dans l'escadre espagnole. Ç'a été presque la bataille de soldats réguliers contre une foule en émeute, les soldats étant plus nombreux d'ailleurs que la foule.
Ce qu'il faut ajouter encore, c'est que les hommes du commodore Dewey, éloignés de leur pays, entraînés par la navigation fréquente à une discipline plus exacte, étaient sous ce rapport très supérieurs à la moyenne des équipages américains.
Dans ces conditions, les Espagnols pouvaient espérer infliger à l'ennemi quelques pertes avant de succomber, mais rien de plus.