Maintenant, j'ai dit tout ce qu'il fallait. Cette lettre, si vous n'y répondez pas, sera ma dernière. Vous l'aurez dans quatre jours. J'attends. A bientôt—ou adieu...
Ninon.
... Et pourtant, j'aimais mon ami lointain.
N.-B.: Les lettres qui précèdent ne sont nullement des lettres de fantaisie, et M. Claude Farrère tient à l'honneur de déclarer qu'il n'en est pas l'auteur. Une réelle et vivante mademoiselle Ninon les écrivit tout de bon à cet Henri Précy,—de son vrai nom C. B. d'A.—qui fut l'ami de M. Claude Farrère, et qui se tua, d'ailleurs assez mystérieusement, le 10 septembre 1907.—C'est au lendemain de ce suicide que M. Farrère exécuteur testamentaire, retrouva dans les papiers du malheureux Précy, les lettres de mademoiselle Ninon. Et M. Farrère s'excuse aujourd'hui de la liberté grande qu'il dut prendre, pour publier ces lettres, de les émonder et taillader çà et là, parce que trop riches.
Chaque lettre était encore dans son enveloppe et présentait un caractère d'authenticité indéniable.
Les deux dernières enveloppes étaient extraordinairement maculées. Les timbres de Constantinople, de Smyrne, d'Athènes, d'Odessa et de Batoum s'y enchevêtraient parmi d'autres, indéchiffrables.
L'examen de quelques documents découverts auprès des lettres permit à M. Farrère d'établir les faits suivants:
A la date du 1er novembre 1902, M. Henri Précy quitta Constantinople très brusquement, en laissant aux diverses postes de cette ville des adresses différentes.
Il parlait, en réalité, pour Livadia en Crimée, où se trouvait alors S. M. l'Empereur Nicolas II.
M. Henri Précy passa, dans le plus grand secret, et pour des motifs qu'on ne peut divulguer, quarante-sept jours à Livadia. Le dimanche 21 décembre, S. M. I. quittait Livadia pour Saint-Pétersbourg. Le lundi 22, M. Précis quittait la Crimée; et le 24 décembre seulement, il rentrait à Constantinople, où vraisemblablement il trouvait son courrier de deux mois amoncelé.