Dans l'un des salons, plusieurs tables avaient été disposées. Le bridge et le poker avaient réuni leurs fidèles. On joue beaucoup dans la Concession de Nagasaki, comme on joue dans la Concession de Shanghaï, comme on joue dans celle de Yokohama ou dans celle de Kôbé, comme on joue généralement partout dans cet Extrême-Orient où les Européens s'enrichissent et s'ennuient. La partie était assez forte. Des femmes, des jeunes filles mêmes, mêlées aux hommes, la renchérissaient, relançant et contrant sans mesure ni prudence. Et l'or et les billets couraient sur le tapis.

Mrs. Hockley cependant avait quitté sa pelouse de gazon et guidait vers le buffet ceux de ses hôtes qui n'avaient point voulu se séparer d'elle. La marquise Yorisaka accepta le bras du prince Alghero.

—Vraiment,—disait le prince,—je suis impardonnable. Vous devez mourir de soif, Madame... Mais, à bavarder avec vous, j'oubliais absolument l'heure...

Il pressait doucement contre lui la main toute petite qui s'était posée sur son bras.

Apprivoisée, la marquise Yorisaka riait, non sans coquetterie.

Un maître d'hôtel s'était approché.

—Une coupe de champagne?—proposa le prince.

—Oui, s'il vous plaît... Mais plutôt un grand verre, avec de l'eau ... beaucoup d'eau ... et de la glace...

Il alla faire lui-même le mélange. Elle goûta:

—Hé!... mais ... vous n'avez point mis d'eau du tout.