Il parlait toujours aussi net, mais moins fort. Un coin de sa bouche remonta légèrement, premier signe d'une souffrance atroce, impassiblement contenue.
La jambe droite en arrière et le genou gauche plié, Narimasa détendit brusquement le ressort bandé de ses reins, de sa poitrine et de ses deux bras. La tête du vicomte Hirata Takamori, tranchée d'un seul coup, tomba sur les nattes blanches.
On ne vit le sabre que l'instant d'après, quand il se releva, rose.
XXXI
Jean-François Felze, au bas de l'escalier de pierre qui montait à flanc de colline vers le faubourg de Diou Djen Dji, renvoya son kourouma, et commença de gravir les marches familières.
Il pleuvait. De Mogui jusqu'à Nagasaki, il n'avait pas cessé de pleuvoir. Quatre heures durant, les deux hommes-coureurs avaient pataugé dans la boue et les flaques, sans ralentir leur trot ni interrompre le voyage, sauf aux portes des tchayas où l'on doit boire, et devant les boutiques de cordonniers, où il faut changer de sandales. Et l'on était entré dans la ville à bonne allure, en éclaboussant les deux trottoirs de Founa-Daïkou machi. La foule habituelle emplissait le quartier commerçant. Un moutonnement de parapluies couvrait les rues.
Mais l'escalier de Diou Djen Dji, comme toujours, était désert. Et Felze, se hâtant sous les ondées, put atteindre la maison aux lanternes violettes sans que nul passant s'étonnât de voir un ke tôdjin[1] frapper à la porte mystérieuse du grand mandarin chinois, porte que les Japonais eux-mêmes ne franchissaient guère.
—Midi,—avait constaté Felze, au moment d'entrer chez son hôte.
Il appréhenda d'être importun. Un fumeur d'opium s'endort habituellement fort après l'aube, et ne se soucie guère d'être réveillé avant le déclin du soleil. Il est vrai que, pour les voyageurs, les rites ont des accommodements.