Il conclut, saluant un peu plus bas que n'eût fait un Occidental:
—Qui dit Russe, dit Asiatique. Et nous, Japonais, prétendons devenir bientôt des Européens. Notre victoire vous appartient donc autant qu'à nous-mêmes puisqu'elle est une victoire de l'Europe contre l'Asie. Acceptez-en l'hommage et souffrez que nous vous soyons, très humblement, reconnaissants...
[1] «Le miroir est l'âme de la femme comme le sabre est l'âme du guerrier». Proverbe nippon.
IV
—Monsieur Felze,—avait proposé le commandant Herbert Fergan, au moment où le peintre, sa première séance achevée, prenait congé des Yorisaka,—vous rentrez sans doute à bord du yacht américain? Je vais de ce côté. S'il vous plaît que nous fassions route de conserve...
Et ils étaient sortis ensemble. Maintenant, ils s'en allaient à pied, côte à côte.
La route serpentait à flanc de coteau. Devant eux, au bas de la pente, les maisons campagnardes du faubourg groupaient leurs toits couleur de feuilles mortes. A main gauche, les jardins d'O-Souwa cachaient le grand temple sous la verdure profonde de leurs sapins et de leurs cèdres, sous la neige mauve et rose de leurs pêchers et de leurs cerisiers en robes de printemps, tandis qu'à main droite, au delà du fiord bleu moiré par la brise, au delà des montagnes touffues de l'autre rivage, le soleil couchant, rouge comme il rayonne sur les étendards de l'Empire, descendait à pas lents vers l'horizon occidental.
—Il nous faut marcher un peu,—avait dit Fergan,—car nous ne trouverons point de kouroumas avant d'être arrivés aux rues qui mènent vers l'escalier du temple.