—Oui,—dit Tcheou Pé-i.
Il parla d'une voix plus grave:
—Avant qu'une folie coupable ne perturbât ce royaume, les règles du deuil y étaient observées. La femme privée de son mari prenait la robe de grosse toile bise sans ourlets, et portait la ceinture et le bandeau faits de deux torons de chanvre tordus ensemble;—cela pour trois années. Elle s'abstenait de parler avec élégance. Elle se privait de nourriture afin de pâlir convenablement son visage. Souvent même, elle entrait au couvent et y attendait la mort.
—Les femmes d'aujourd'hui—reconnut Felze ont moins de vertu.
—Oui,—dit encore Tcheou Pé-i.
Ses yeux aigus scrutaient le visiteur.
—Fenn Ta-Jênn,—reprit-il au bout d'un temps,—je sais et vous savez le commandement des rites: «Les hommes ne parleront pas de ce qui concerne les femmes, et ce qui est dit et fait dans le gynécée ne sortira pas du gynécée». Je ne désobéirai point à ce commandement. Mais je songe que tout à l'heure, et quoique la marquise Yorisaka Mitsouko ait souvent négligé la modestie féminine et, de la sorte, enfreint la Loi Primordiale, vous voudrez vous-même observer la vertu d'humanité, et lui apprendre avec ménagement le malheur qui la frappe, malheur qu'elle apprendrait demain matin, d'un autre que vous, sans nulle préparation. C'est pourquoi je vous dirai, prudemment, ce qu'il faut que vous n'ignoriez point. Naguère, vous me demandiez si j'estimais qu'une femme, dont le mari s'est écarté de la voie droite, manque à son devoir, en prenant, elle aussi, le sentier détourné, afin de marcher dans les traces de celui qu'elle a promis de suivre pas à pas jusqu'à la mort. J'ai réservé ma réponse, me taisant par ignorance. Je réponds maintenant, instruit: il est possible que la femme dont nous venons de parler ait pris le sentier détourné afin de marcher dans les traces, non pas de son mari, mais d'un autre homme. Et peut-être ne sera-ce pas en apprenant la mort du marquis Yorisaka, que la marquise Yorisaka pleurera.
—Herbert Fergan,—murmura Felze hésitant...
—Vous avez appris ce que vous deviez apprendre,—interrompit Tchéou Pe-i.—Souffrez qu'à présent nous fumions comme il convient, dans la pipe de bambou noir.
Et lorsqu'ils eurent fumé, il ajouta: