—Madame,-dit-il soudain,—j'ai très envie de vous adresser la plus indiscrète des prières...
—La plus indiscrète?...
—Oui, si vous ne m'encouragez pas, je n'oserai jamais.
Elle se taisait, étonnée.
—J'ose tout de même... Mais, d'avance, excusez-moi. Écoutez: pour mettre au point l'étude que voilà, j'ai besoin de quatre ou cinq jours encore... Quand j'aurai achevé, serez-vous assez bonne pour m'accorder quelques séances de plus? Je voudrais essayer de faire, pour moi, une autre étude... Oui ... une autre étude de vous, mais qui ne serait plus, à proprement parler, un portrait... Ceci est un portrait. Je me suis efforcé d'y faire vivre la femme que vous êtes, la femme très occidentale, très moderne, Parisienne autant que Japonaise... Mais une pensée m'obsède, la pensée que, si vous étiez née un demi-siècle plus tôt, vous auriez eu, quoique étant alors seulement, purement Japonaise, le même visage et le même sourire... Et ce sourire, et ce visage, qui sont de votre mère et de vos aïeules, qui sont du Japon, du Japon immuable, j'ai le désir entêté de les peindre une seconde fois, dans un autre décor... Vous avez bien, n'est-ce pas, dans quelque vieux coffre de la chambre aux objets précieux, des robes d'autrefois, de belles robes à manches flottantes, de nobles robes brodées aux armes de votre famille?... Vous revêtiriez la plus somptueuse, et je me figurerais avoir devant moi, non plus une marquise de l'an 1905, mais l'épouse d'un daïmio d'avant le Grand Changement.
Il fixait sur elle un regard anxieux. Elle sembla fort embarrassée, et tout d'abord ne sut que rire, rire à la japonaise, comme elle riait quand elle était prise au dépourvu, et qu'elle n'avait pas le temps d'apprêter sa voix européenne, moins enfantine:
—Oh! cher maître! quelle idée extraordinaire!... En vérité...
Elle hésita:
—En vérité, mon mari et moi serions trop heureux de vous être agréables. Nous chercherons... Une robe d'autrefois, je ne crois pas que... Mais sans doute pourrons-nous néanmoins...
Il n'eut garde d'insister sur-le-champ: