Un parc tout petit, mais un vrai parc, touffu, profond, mystérieux à miracle. Les Japonais savent atrophier jusqu'à l'invraisemblance leurs cèdres nains et leurs pruniers minuscules. Mais ils n'en aiment que davantage les très grands pruniers et les cèdres géants. Les jardinets en miniature sont d'agréables bibelots qu'on possède au même titre que nous possédons une serre chaude ou une orangerie. Les hautes futaies sont la joie véritable et l'orgueil de l'Empire.
Dans le petit parc de la colline Nishi, parmi les camphriers centenaires, les érables et les cryptomérias d'où pendaient de splendides glycines arborescentes, le marquis Yorisaka Sadao et son ami le commandant Herbert Fergan se promenaient en devisant.
L'allée sinueuse montait sous bois. Parfois, aux coudes du chemin, une échappée de vue glissait entre les arbres et tous les vallons verdoyants, et toute la ville bleuâtre avec ses faubourgs épars, et tout le fiord couleur d'acier, se dévoilaient soudain, au-dessous des jardins, des cours et des escaliers du grand temple.
Les deux promeneurs s'étaient arrêtés à l'un de ces angles en terrasses.
—Il fait un très beau temps,—dit Herbert Fergan.—Cette fin d'avril est réellement brillante. Cela changera peut-être en mai.
—Oui,—murmura Yorisaka Sadao.
Il n'avait donné qu'un coup d'œil à l'admirable paysage. Son regard vif et noir, qui luisait d'une curiosité ardente et furtive, ne se détachait point du visage calme de l'Anglais.
—Au fait,—questionna-t-il tout à coup,—avez-vous reçu par le courrier d'hier des nouvelles de votre ami, le commandant Percy Scott?
—L'amiral,—rectifia Fergan.—Percy Scott a été promu il y a six semaines,—en février.
—Hé!... je suppose qu'il poursuit néanmoins ses travaux?... qu'il continue de révolutionner l'artillerie navale anglaise?