—Oh!—dit Fergan,—est-ce vraiment une révolution?

Il affichait un léger scepticisme. Mais le marquis Yorisaka insista:

—Sinon une révolution, au moins une totale réforme! Certes, votre amirauté avait fait, depuis douze ans, beaucoup de bonne besogne... J'ai suivi les progrès de votre matériel. Il n'y a plus rien à reprendre à vos canons. Et je ne parlerai pas de vos obus...

—Oui,—fit tranquillement Fergan:—vous les avez adoptés, après l'expérience assez peu satisfaisante que vous aviez faite des obus à moins grande capacité, l'an passé, le 10 août...

—Il est vrai... Et c'est bien pourquoi je n'en parlerai pas... Hé!... votre matériel est donc excellent, et tout l'honneur en revient à votre amirauté. Mais à la guerre, n'est-ce pas? le matériel n'est rien, le personnel est tout! Et si votre personnel, aujourd'hui est peut-être le premier de l'Europe, tout l'honneur en revient à l'amiral Percy Scott...

D'un geste, Herbert Fergan y consentit.

—De bons canons, de bons obus,—professait le marquis Yorisaka Sadao,—c'est bien! De bons pointeurs, de bons télémétristes, de bons officiers de tir, c'est mieux! Et voilà précisément le cadeau que Percy Scott a fait à l'Angleterre!... L'Angleterre, d'ailleurs, a su récompenser Percy Scott. N'est-ce pas une gratification de quatre-vingt mille yens[1] que le Parlement lui a décernée récemment?

—Huit mille livres sterling, exactement. C'est une juste rémunération. Si Percy Scott avait vendu ses brevets à l'industrie, il eût certes gagné davantage.

—Certes!... Huit mille livres ne paient pas le génie d'un tel homme! Notre empereur donnerait probablement davantage pour avoir un Percy Scott japonais.

—Quel besoin?—dit Fergan, un peu ironique.—Vous avez le Percy Scott anglais!... L'Angleterre et le Japon sont pays alliés. Vous avez pu, vous pouvez profiter très librement de tous nos travaux.