Coiffée en larges bandeaux lisses, et tout habillée d'un crêpe de Chine bleu sombre où se détachaient, hiératiques, les rosaces blanches du môn, la marquise Yorisaka, dans son salon parisien, entre le piano et la glace Pompadour, apparaissait semblable à quelqu'une de ces statues archaïques sans prix, que les empereurs des siècles légendaires firent sculpter pour l'ornement de leur palais d'or pur, et qui vieillissent aujourd'hui dans la galerie banale d'un musée d'Europe entre un rideau de coton rouge et trois murs de plâtre peint.
Et Felze peignait, silencieux, enthousiaste.
Le modèle avait pris la pose et la gardait avec l'immobilité asiatique. Les genoux reposaient sur un coussin de velours, la robe évasée s'épanouissait autour des jambes repliées à plat, et, hors de la manche large comme une jupe, une main nue, armée de l'ongle d'ivoire, touchait les cordes du koto.
—N'êtes-vous pas lasse?—avait demandé Felze au bout d'une longue demi-heure.
—Non. Autrefois, nous avions l'habitude de rester agenouillées ainsi, indéfiniment...
Il continuait de peindre et son ardeur première ne se ralentissait pas. Dans cette demi-heure, une ébauche était née, très belle.
—Vous devriez,—dit-il soudain,—jouer tout de bon, et non faire semblant. J'ai besoin que vous jouiez, pour l'expression de votre visage...
Elle tressaillit:
—Je ne sais pas jouer du koto.
Mais il la regarda: