Et me souvenir, ici, de cela, est épouvantable...


VIII

Elle était une femme très vivante. Sa beauté gracieuse et fine n'était pas déparée par l'éclat vif de son teint, par l'ardeur du sang chaud qu'on voyait courir dans le réseau bleu de ses veines, par le ferme modelé de ses jambes longues et de ses bras purs, par la vigueur svelte de tout son corps musclé.

Je me souviens comme d'une lutte de notre première étreinte...

Et je me souviens du poids de ce corps, vaincu et voluptueux, que je balançais dans mes bras, comme on balance le corps d'un petit enfant, pour jouer. Elle riait de se sentir lourde, même pour ma force...

Je songe que tout cela n'est guère intéressant, sinon pour moi. Or, ce n'est point un journal de ma vie que j'écris, non plus que mes mémoires. Et je veux qu'on lise ce testament, parce qu'il enferme un Secret que tous les hommes et que toutes les femmes doivent apprendre. Peut-être conviendrait-il donc d'abréger mon récit, et de passer outre, en négligeant ce qui n'est pas le Secret. Mais il importe d'abord qu'on sente bien la vérité dans tout ce que je rapporte. Que je sois réellement l'homme que je prétends être:—André Narcy, capitaine de cavalerie, breveté, hors cadre, né à Lyon, le 27 avril 1876, mort à Toulon le 21 décembre 1908 ... ou le 22 janvier 1909...—que je sois cet homme, je n'en puis fournir aucune preuve. Je meurs de ne pouvoir le prouver! Il faut donc au moins qu'à force de détails et de précisions, je persuade celui qui me lira!—Et puis, lorsque j'y songe un moment ... tout, tout, tout tient au Secret...

C'est le jour de notre première étreinte que, soulevant Madeleine dans mes bras et jouant avec son corps, je trouvai que ce corps pesait lourd. Plus tard, recommençant le même jeu, j'eus la sensation d'un poids plus léger...