Entre mes paupières, à peine entrouvertes, j'apercevais seulement, par-dessus mon bras, un pied carré de terre et de broussaille. Peu à peu, cette terre et cette broussaille s'éclairèrent d'une lueur jaune et tremblante. Je compris qu'une lanterne était balancée au-dessus de ma tête.
Et je fis alors un sursaut, comme si je me réveillais seulement à cet instant. Puis je me levai en rompant d'un pas.
Un homme était debout devant moi,—un homme très vieux.
Très vieux: car, malgré la lueur aveuglante de sa lanterne sourde, qu'il braquait sur mes yeux, je vis, de mon premier regard, étalée sur la poitrine de cet homme, une barbe large et longue, éclatante de blancheur.
La voix dont il me parla n'était pourtant pas la voix d'un vieillard. Non qu'elle ne fût parfaitement grave, et même profonde; mais elle ne chevrotait pas le moindrement, et résonnait au contraire avec une force très virile, sans fêlure ni usure d'aucune sorte. Et j'en fus étonné, non moins que du ton bref dont il m'interrogea,—en ces termes:
—Monsieur, que faites-vous ici?
Je n'attendais pas cette question, qui me sembla discourtoise, étant donnés la posture et l'état où l'on me trouvait. Je songeai toutefois que le questionneur avait à coup sûr pour le moins le double de mon âge. Et je répondis, aussi poliment que je pus:
—Vous le voyez, monsieur, je suis égaré; pis: perdu.
La lanterne sourde continuait de m'éblouir. Je distinguais cependant fort bien les deux yeux qui me scrutaient: deux yeux singulièrement lumineux, et plus aigus que des vrilles.—La voix grave et brève insista: