—Perdu? en ce lieu? D'où veniez-vous donc, monsieur? et où alliez-vous?

Je fus assez agacé par cet interrogatoire pour ne pas prendre garde à la bizarrerie de ce langage, correct et châtié, dans la bouche d'un coureur de brousse. Et j'expliquai sèchement:

—Je viens de Toulon, par Solliès. Je vais au fort du Grand Cap. Je me suis d'abord égaré près du col de la Mort de Gauthier, où mon cheval s'est cassé une jambe. Et je me suis perdu ensuite en essayant de couper au plus court pour gagner le Grand Cap par les sentiers de la montagne...

L'explication parut tant bien que mal contenter l'homme à barbe blanche. Sa lanterne, détournée de mon visage, éclaira tout autour de nous la lande montueuse et farouche. Je vis alors qu'en vérité ma course folle m'avait conduit dans un tel chaos de rocs et d'éboulis que ma présence y pouvait à bon droit stupéfier n'importe qui.

Et, stupéfait à mon tour de la présence, en ce même chaos, d'un autre être, je renvoyais la question:

—Mais vous-même, monsieur, com­ment êtes-vous ici?

D'un geste vague il désigna la pente abrupte qui s'élevait à ma gauche:

—Je vous ai aperçu de là-haut...

Il se tut, et moi comme lui.

Maintenant que la lanterne laissait mes yeux en paix, j'examinais mon interlocuteur.