Encore une fois, l'aspect du lieu changea. Les derniers blocs de pierre s'espacèrent. La déclivité du terrain augmenta. Les buissons de genêts, de lentisques et de myrtes s'amaigrirent. Le plateau fut une plaine presque rase...

Si je décris avec minutie tout cet itinéraire, c'est que, peut-être, vous qui lirez ceci, jugerez-vous utile de rechercher, par la lande, par la plaine et par la montagne, cette maison dont j'ignore le gisement, dont j'ignore le chemin,—cette maison que je ne saurais pas, aujourd'hui, retrouver, que je ne saurais pas non plus discerner d'entre beaucoup d'autres maisons, apparemment semblables,—cette maison qui est, pourtant, la maison du Secret...

Et nous y arrivâmes, très simplement.

Devant nous, dans la nuit opaque, une masse haute et noire, plus noire que la nuit, se profila: une haie de grands cyprès, borne d'un bois privé, pareil à tous les bois dont s'entourent, dans la Provence trop grillée de soleil, mille et mille villas campagnardes toutes identiques entre elles.

Une grille de fer précédait la haie de cyprès. L'homme à barbe blanche glissa une main entre deux barreaux de cette grille et fit jouer quelque secrète serrure. Une porte grinça. Mes pieds las foulèrent un gazon épais, inculte. Au-dessus de mon front, j'entrevis des ramures entremêlées,—cèdres, pins, chênes-lièges.

Puis, entre les troncs pressés, la façade de briques et de pierres apparut. Sous l'ombre des branches liées entre elles et entrelacées comme la trame et la chaîne d'un tissu, l'obscurité s'était accrue de telle sorte que je ne distinguai pas un détail de cette façade, sauf le perron de grès dont je gravis les marches,—huit marches, je me souviens d'avoir compté,—et sauf, à l'angle gauche du toit, une chose confuse, très haute, que je supposai être une tourelle ou un clocheton...

Vous reconnaîtrez, peut-être?...


La porte est de bois clouté de fer. Le heurtoir figure un marteau de forgeron, qui frappe sur une enclume à deux pointes encastrée dans le vantail.