En ce moment, la chaleur du jour déclinait, et Torral, les paupières lourdes d'une sieste trop longue, achevait à la diable un calcul au tableau noir. Il travaillait dans sa fumerie d'opium,—car il fumait un peu, avec mesure, comme il faisait toutes choses, se vantant d'être un homme bien équilibré et rassis.

Le mur du fond était ardoisé, et des hordes d'équations à la craie s'y déployaient en bataille. Debout, et haussant sa taille courte poux atteindre plus haut, l'ingénieur écrivait avec une rapidité folle, intégrait, différenciait, simplifiait, et courait au bout du tableau inscrire les résultats en accolade. A la fin, il balaya le calcul à grands coups d'éponge, jeta sa craie, s'assit sur un pliant à quatre pas du mur, et contempla sa solution en roulant une cigarette.

Mévil entrait, précédé d'un boy annamite de douze ans qui marchait en se déhanchant comme une femme.

—«Tu travailles?

—J'ai fini,» dit Torral.

Ils n'échangèrent pas de bonjour et ne se serrèrent pas la main; ces démonstrations ne figuraient pas dans le rite de leur amitié.

—«Quoi de neuf?» demanda l'ingénieur en pivotant sur son pliant.

Ce pliant était le seul siège de la fumerie. Mais il y avait à terre abondance de nattes cambodgiennes et de coussins en paille de riz, et Mévil s'était allongé prés de la lampe à opium.

—«Fierce arrive ce soir, dit-il. Il m'a télégraphié du Cap St-Jacques.

—Très bien, dit l'ingénieur; on le recevra. As-tu préparé quelque chose?