Mais il ne se décourageait pas. A côté de lui, Mlle Sylva se battait de toute son âme, l'aidant, le défendant, le soutenant avec une fidélité de frère d'armes. Ils n'étaient qu'une seule volonté en deux êtres. Il la sentait toute à lui, et une tendresse passionnée lui chauffait le cœur. Il comprit merveilleusement, dans cette minute de violence physique et de sincérité, qu'il l'aimait d'un grand amour, et que la vie lui serait douce auprès d'elle. Il espéra qu'elle l'aimerait, qu'elle l'aimait. Un afflux d'énergie coula dans ses artères.

Il s'efforça davantage. Son jeu simple et dur fatiguait Mévil, et lui ne se fatiguait point. Les avantages s'alternèrent. Sélysette, maintenant, applaudissait à ses coups. Il s'enorgueillit, fut plus audacieux.

En face, Marthe Abel restait indifférente et froide; la chance des coups ne lui importait pas. Lassée de la partie trop longue, elle secondait à peine son partenaire, et regardait passer les balles, sans daigner allonger le bras. Mévil sentait peser sur lui cette nonchalance, lourde comme un mépris.

Il fut moins vif, moins souple, moins beau. On le sentit vaincu. Son bras n'arrivait plus qu'à peine à la riposte, et de la sueur perlait à ses tempes.—Ce fut la fin.—Les jeux se hâtèrent, tous perdus; et la dernière balle vint le frapper au corps, sans qu'il sût parer. Il laissa tomber sa raquette, et trébucha pour la ramasser.

Des bravos saluaient Fierce. Il n'entendit pas: Sélysette, avec un cri de victoire, courait à lui. Il vit les chers yeux briller de joie enfantine, il reçut la menotte chaude franchement jetée dans sa main. Elle le remerciait de tout près, familière, délicieuse:

—«Vous m'avez fait gagner.... Vous êtes gentil tout plein!»

Mévil traversait le gazon. Mlle Abel, très polie, s'excusait de sa maladresse: sans elle, il aurait assurément gagné. Il n'écoutait pas, et regardait Fierce et Sélysette la main dans la main.—Quelque chose de froid lui entrait dans le cœur.

Fierce était ivre, ivre de cet amour qui maintenant ruisselait dans sa poitrine, comme un étang que des sources cachées ont empli et qui déborde. Dans le regard ami de Sélysette, il lisait une promesse d'amour rendu, et son exaltation s'en faisait folle. Au départ, parce qu'elle lui pressa la main, il l'adora comme une Madone. Il se retint pour ne pas baiser sa robe à genoux.

Dans le couchant rouge, le soleil flamboyait. La terre en était sanglante; et les ruisseaux des trottoirs, et les vitres des maisons, dardaient partout des reflets comme des éclairs. La rue était une voie triomphale, bordée d'or, pavée de pourpre.

A Fierce, ébloui de son amour, il sembla que la vie s'ouvrait désormais pareille à cette voie, radieuse.