Il tressaillit tout à coup: près de fermer l'album il venait d'y voir une photographie de Mlle Sylva.
Il n'en avait jamais vue, c'était la première. Elle était fidèle et jolie; il crut voir Sélysette elle-même: il sentit à sa gorge l'angoisse légère qui le troublait toujours dès qu'elle paraissait.
... Sélysette elle-même; sa robe favorite, échancrée sur des revers de mousseline; ses cheveux capricieux d'or clair, et son sourire, et la rêverie de ses yeux....
Les stores baissés faisaient le salon sombre.
Fierce, sans hésiter, vola la photographie dans l'album.—Ses doigts tremblaient un peu: il dut se déganter, parce que la carte ne glissait pas bien dans la fente de la page.
Après, il releva la tête, et regarda vers la porte; des pas s'entendaient au dehors. Il glissa le portrait dans sa poitrine,—sous la chemise, contre la peau: le portrait put entendre le cœur qui battait fort de peur et d'audace;—et il s'esquiva vite, en voleur qu'il était.
Mais revenu à bord, dans sa chambre bleue verrouillée, il connut une telle ivresse de joie devant ce portrait conquis,—trophée, trésor, relique,—il versa des larmes si folles sur cette Sélysette prisonnière qui partageait désormais sa vie pour toujours qu'une peur superstitieuse finit par le prendre, et qu'il cacheta l'image sous une enveloppe,—comme jadis Polycrate, tyran de Samos, avait sacrifié son plus précieux anneau à l'Adrasteta.
XVII
Dans le parc du gouvernement, Mlle Sylva, gardée à déjeuner par son tuteur, et Mlle Abel, en visite, se promenaient.