Il y en avait d'autres, venues de plus loin; des immigrantes, apportant à l'Extrême-Orient candidement pervers des perversités pittoresques: des Américaines, flirteuses et frôleuses; des Créoles de Cuba, nymphomanes; des Australiennes, qui se décollettent plus bas qu'on n'ose même à New-York, et la légion de voyageuses de toutes races, que le contraste de trop de pays rend vite sceptiques et libertines, et qui courent le monde sans trêve, pour n'être assujetties aux préjugés moraux d'aucun pays.
De ces femmes, il y en eut une qui s'occupa de Fierce. Le hasard les avait mis voisins à table; ils échangèrent d'abord leurs noms, leurs pays, leurs races,—de quoi faire exacte connaissance,—avec la prompte curiosité des nomades qui n'ont pas le le temps de s'embarrasser dans une discrétion hors de propos.—Elle s'appelait Maud Ivory; elle était Américaine de New-Orléans,—orpheline et libre,—pas mariée; elle voyageait depuis trois ans, en compagnie d'une amie de son âge, Alix Routh, fiancée à Bombay, et qui probablement se marierait à leur arrivée dans l'Inde,—après quoi miss Ivory serait seule, et n'en mordrait pas moins large à sa facile existence de touriste avide de plaisirs et de plein air.
—«Nous venons d'Australie et de la Nouvelle-Zélande, disait-elle; et quand Alix sera mariée, j'irai en Égypte,—d'abord.»
Fierce, curieux, l'interrogeait:
—«Donc, toujours en route? jamais de repos? et le home?
—Plus tard,—plus tard.»
Il revoyait au fond de son cœur un foyer qu'il connaissait bien.
—«Et l'amour?
—L'amour?»—Elle de regarda, provocante.
—«Quand cela me plaît.»