Une main cependant s'appuya sur son bras: le docteur Mévil, à bicyclette, s'était glissé jusqu'à lui, frôlant plusieurs roues,—assez imprudemment. Fierce n'avait pas lu la lettre de Torral; la mine souffrante du médecin l'étonna: Mévil était couleur de cire, et ses yeux bleus agrandis semblaient ouverts sur du néant; sa bouche, autrefois rouge et comme saignante de coups de dents féminins, avait pâli jusqu'au rose; ses moustaches claires de Gaulois décadent ce raidissaient mal en dépit du cosmétique. Fierce l'interrogea sur sa santé: il haussa les épaules sans répondre; mais sa main chercha la main de l'ami pour le remercier.

—«Que deviens-tu? disait Fierce.

—Rien.»

Ils allèrent un instant côte à côte, silencieux. Hélène Liseron les croisa tout à coup dans sa victoria. Sans doute était-elle réconciliée avec Mévil, car ses lèvres se froncèrent comme pour un baiser; jamais d'ailleurs elle n'avait su garder longue rancune à personne; et, reconnaissant Fierce, elle lui tira la langue en riant.

—«Tu l'as reprise? demanda Fierce.

—Non,» fit l'autre d'un signe de tête. Il parlait par monosyllabes, comme un homme très las.

Tout à coup, il regarda Fierce en face:

—«Dis? c'est vrai, tu épouses Mlle Sylva?»

Sa voix s'était nuancée d'un respect singulier, et d'une tristesse sombre. Fierce, ému, lui serra la main.

—«Oui, dit-il; et je suis bien heureux....»