Il s'inclina bas et marcha vers la porte. Debout, les sourcils froncés, Marthe Abel l'avait laissé dire. Elle le rappela.
—«N'attendez rien, monsieur, c'est inutile;—elle parlait net, ses yeux froidement appuyés sur lui;—je vous ai dit non; ce non ne changera pas,—jamais. Je suis sensible, croyez-le, à l'honneur de votre recherche; j'en suis même flattée, car je sais votre nom, votre vie, votre fortune, et tous vos autres avantages que vous avez eu le bon goût de me taire. Mais je ne veux pas me marier avec vous.—Mettons, par exemple, s'il vous faut absolument une raison de mon refus, que je suis trop jeune.
—Suis-je trop vieux? je n'ai pas trente ans....»
Elle sourit, impertinente.
—«Ah? je croyais davantage. Mais brisons là, s'il vous plaît. Je présume que cette discussion est pénible pour vous, autant que pour moi. Je vous ai dit non deux fois, et j'aurais cru qu'une suffisait à votre amour-propre, sinon à votre curiosité?»
Il s'anima.
—«Il s'agit bien de mon amour-propre! Il y a beau temps que je marche dessus pour vous. Voilà deux mois que je me suis fait votre ombre, deux mois qu'en vous aimant, j'ai renié ma vie, deux mois que Saïgon, qui m'a connu fier et dédaigneux, triomphe de me voir pris au piège.—Que m'importe! C'est de mon cœur qu'il s'agit, non de ma vanité;—de mon cœur qui ne peut se passer du vôtre, de mon cœur et de ma vie, car si vous me repoussez, je mourrai!»
Elle le considéra avec curiosité et ironie.
—«Vous êtes très éloquent!... Je comprends beaucoup de choses que je n'avais jamais comprises.... Dites-moi? quand vous parlez à Mme Malais, sont-ce les mêmes phrases?»
Il pâlit.—Le Sphinx était vainqueur; l'énigme restait indéchiffrée.—Il regardait fixement les yeux noirs.—Elle ne voulait pas.... Pourquoi ne voulait-elle pas?