L'ennemi, droit devant.
Et sur le 412 les ordres, jetés à voix basse, s'enfièvrent.
—Doucement.—Les deux machines, cent vingt tours.—Les hommes des tubes, armez les marteaux.
—Et du silence, vous autres!
—A gauche, cinq!—Zéro la barre.—Vous y voyez, le quartier-maître? Oui? Gouvernez comme ça, à deux quarts sur l'avant de la ligne.
—Les machines,—paré à manœuvrer.
L'étrave coupe l'eau sans bruit. Sournois, le 412 avance. Sur l'horizon gris, les cuirassés anglais profilent des masses très confuses. Combien de milles à franchir! deux, trois? on ne sait pas: la nuit impossible de rien apprécier. Et il faut aller doucement: gare aux étincelles, gare au tapage des pistons qui s'entend de loin! Et il faut aller près, tout près: la bonne distance est quatre cents mètres, quand on y voit clair, et qu'on connaît la vitesse du but; mais pour une attaque de nuit, c'est folie de lancer à plus de deux cents.—Fierce le sait; et tout bas, sans lâcher des yeux le gibier, il murmure: «Je tirerai quand je le toucherai.»
A droite et à gauche, les autres torpilleurs ont disparu,—fondus dans le lointain noir;—téméraire, le 412 court à l'escadre ennemie, tout seul.
Combien de milles, encore? deux, un? Cinq minutes, peut-être, avant le premier coup de canon.—Le cuirassé de tête, le plus proche, est fatalement le King-Edward;—c'est son poste d'amiral. Fierce, une seconde, pense à Hong-Kong, et aux Nordenfeldt enguirlandés de roses; et il murmure: «Cocasse!» puis, tout de suite, sa pensée repliée vers la grande chose: «Je tirerai quand je le toucherai.»
«Quand je le toucherai.» La lune, attentive, regarde le champ de bataille. On y voit très clair,—trop clair. Le torpilleur, lui aussi, doit se découper bien noir sur cette mer de lait....