Fierce signa le rapport qu'il rédigeait, et le mit en chemise. Après quoi, il ouvrit un carton et regarda des estampes japonaises. Il était six heures passées: la tâche du jour était faite.
Les estampes étaient ingénieusement obscènes. Fierce d'ailleurs n'en collectionnait pas d'autres: il lui plaisait d'honorer ainsi les artistes qui ne s'étaient pas embarrassés des mensonges de la pudeur; et il vénérait Hokousaï et Outamaro.
Il feuilleta. Parmi des cerisiers en fleurs, et devant des horizons bleutés, des mousmés faisaient l'amour au naturel avec des samouraïs harnachés en guerre; on ne découvrait que des coins de nudité, mais les plus réalistes. Fierce monologuait.
—«Un art bien curieux. Quel souci de l'exactitude, et quelle fougue dans la sensualité! Pas d'ironie, pas de blague, pas de ricanement ni de sourire. Mâles et femelles y vont bon jeu bon argent, de tout leur cœur et de tous leurs muscles....»
Il souligna de l'ongle la bosse des biceps et des mollets; les robes et les kimonos, trop tendus, se déchiraient dans la fureur des étreintes. Une tête de femme retint ses yeux. L'estampe était moderne, et l'artiste, au lieu d'imiter la beauté longue et dédaigneuse des grandes dames japonaises, ou de calquer une frimousse fraîche et pleine de simple mousmé, s'était plu à chercher une inspiration occidentale. Fierce sourit: les yeux pers, le nez relevé d'une chiquenaude évoquaient dans sa mémoire l'agréable profil de Mlle Sylva.
«Cette femme-ci, pensa-t-il, est moins jolie. Il est vrai que je n'ai pas, sur la jeune Sélysette, une documentation aussi décolletée....»
L'héroïne de l'estampe se renversait, haut troussée, dans un pré fleuri, tandis qu'un garçon en émoi se précipitait vers elle. Ce garçon trop scrupuleusement dessiné, déplut à Fierce qui tourna la page.
«Oui, dit-il encore, ces choses n'ont aucun rapport avec les indécences chinoises. Ainsi....»
Il prit un album chinois, relié de vieille soie:
... «Là! cette fillette à quatre pattes, qui attend le bon plaisir d'un vieux mal dispos,—voilà ce qu'un Japonais ne fera jamais. Le sujet, tout d'ironie, ne le tentera pas, d'abord; et jamais surtout, dans une gravure sensuelle, il n'imaginera cette grimace narquoise qui se moque tout ensemble du plaisir et du partenaire....»