—Peuh, répéta Malais, celles-ci ne comptent guère davantage. Vous devriez savoir leurs noms: ce sont autant de secrets de Polichinelle. La belle Liseron vous renseignera mieux que moi, et ses révélations seront probablement piquantes....»
Fierce haussa les épaules et se versa à boire.
—«Je préfère ceci, dit-il en élevant son verre, aux histoires de femmes.
—Vous avez raison, dit Malais; c'est à la fois moins dangereux et moins bête.»
Fierce but.
—«Il n'y a rien de bête, dit-il en remplissant son verre vide. Il y a des cerveaux différents et des hommes dissemblables. J'aime ceci,—il frappa du doigt la bouteille qui sonna creux,—et cela,—il aspira une bouffée de sa cigarette;—voilà pour moi. Mévil préfère les cheveux noirs ou clairs, les yeux verts ou violets, les seins roses ou bruns; voilà pour lui. Vous, mon cher, vous êtes heureux des impôts à lever, des banques à gouverner, des emprunts à placer; voilà pour vous.—Tout cela se vaut. Il n'y a rien de bête.
—Soit, dit Malais. Quand même, monsieur de Fierce, écoutez ceci: tôt ou tard, le tabac turc vous semblera fade et le vin frelaté; tôt ou tard, vous verrez votre Mévil lâcher son cortège de femmes roses, brunes ou violettes, pour s'asseoir dans la petite voiture des ataxiques;—tandis que moi, jamais,—vous entendez, jamais!—je ne cesserai de trouver bonne et savoureuse ma vie de fatigues et de batailles, ma vie de mouvement et d'action, parce qu'elle est en harmonie avec ce qu'il y a de plus fort et de plus sain dans l'homme: l'instinct combatif,—l'instinct de conservation.—Ma parole! vous me faites philosopher. Philosopher, moi!»
Il éclata de rire et se leva. Par une des portes-fenêtres, la salle de jeu envoyait à la terrasse le reflet de ses lumières et le tintement de ses piles de piastres.
«Monsieur de Fierce, dit soudain Malais, je veux ce soir vous initier à cette vie qui est la mienne. Venez là, nous jouerons. Nous jouerons sérieusement; nous jouerons comme s'il ne s'agissait pas de tuer une soirée, mais de gagner une fortune. Et je vous promets de robustes émotions et des joies vigoureuses, sans mélange d'aucun frisson névrosé. Venez.»
Fierce renversa la dernière bouteille: elle était vide. Il se leva et suivit Malais sans mot dire; gris, il parlait toujours très peu.